On est tous déjà passés par là : se lancer à fond dans un nouveau programme alimentaire avec la ferme intention d’aller jusqu’au bout. Fini les grignotages, fini les entorses au régime — rien que de l'alimentation saine et une nouvelle détermination. Puis arrive le week-end, et une notification sur le groupe WhatsApp. Les copains veulent aller au pub. « Non merci », tu réponds. Les jours de triche ne font pas partie de ton nouveau programme alimentaire.
Mais à quel prix ?
Est-ce que troquer du brocoli contre un moment de convivialité, ou un repas solitaire contre une soirée entre amis, est vraiment le sacrifice qu’exige un intestin en bonne santé ? Et depuis quand bien manger est-ce devenu quelque chose qu’on fait tout seul ?
Ce sont là des questions sur lesquelles Cara Umbrite, diététicienne agréée, se penche de plus en plus. En travaillant avec des clients chez TELUS Health MyCare, Cara aide les gens à faire des choix alimentaires qui favorisent à la fois leur santé physique et émotionnelle — et elle a remarqué chez les hommes des tendances qui méritent qu’on s’y attarde.
« L’alimentation est absolument essentielle à notre santé physique, mais c’est bien plus que ça », explique Cara Umbrite. « À quoi ça sert d’avoir un intestin en pleine forme si notre santé mentale ou sociale en pâtit ? »
C’est une réflexion qui tombe à point nommé et qu’il ne faut surtout pas sous-estimer. D’après notre étude de 2025, un homme sur deux au Canada risque de se retrouver en situation d’isolement social. Le coût social potentiel des habitudes alimentaires rigides n’est donc pas seulement un problème nutritionnel, mais aussi un enjeu de santé publique.
Lors d’un entretien avec la Fondation canadienne pour la santé des hommes, Umbrite a décortiqué ces schémas et donné des conseils pratiques pour aider les hommes à repenser leur rapport à la nourriture — en mettant la nutrition au service de leur santé et de leur vie sociale sans sacrifier ni l’une ni l’autre.
Oublie l’approche « tout ou rien »
Umbrite met en garde contre le paradoxe de la perfection que beaucoup d’entre nous connaissent trop bien. « Il y a cette croyance, surtout dans la culture du régime ou de la salle de sport, selon laquelle il faut être parfait… sinon c’est un échec. Je trouve que toute cette mentalité est assez néfaste », explique Umbrite.
Elle n’est pas non plus fan de l’idée de qualifier un repas pris à l’extérieur de « journée de triche ». Selon elle, cette étiquette renforce l’idée que quelque chose d’aussi banal que de manger au restaurant est en quelque sorte « mauvais » — qu’on échoue à ce moment-là. Au lieu de ça, elle appelle à un changement de mentalité, où on assume nos choix et où on fait confiance à notre propre jugement en matière d’alimentation.
« Je suis adulte et je peux prendre mes propres décisions alimentaires. Peut-être que je suis super occupé, que j’ai travaillé tard mardi, ou qu’il y a un match important et qu’on se retrouve tous au bar sportif. C’est tout à fait normal. Tu ne fais pas d’erreur en agissant comme ça. »
Cet état d’esprit peut aussi se traduire par des choix plus avisés à table. Si les gars commandent des ailes de poulet, tu peux aussi commander des légumes et du houmous, ou une salade d’accompagnement agrémentée de quelques graines. Ce sont de petits ajouts qui font du bien à ta santé intestinale, sans que tu aies à jouer les rabat-joie à table.
« Tu sors toujours, tu as toujours une vie sociale, tu fais toujours tout ce que tu as l’habitude de faire — mais tu fais des choix alimentaires qui, à long terme, permettront à ton corps de se sentir mieux », explique Umbrite.
Bien manger pendant les périodes de changement
Éviter le piège du « tout ou rien » devient encore plus crucial pendant les périodes de stress intense : un changement de carrière, un déménagement, un divorce ou le passage à la paternité. Quand la vie se complique, les habitudes alimentaires sont souvent les premières à en pâtir.
Et les enjeux sont plus importants que la plupart des hommes ne le pensent. On considère généralement la sérotonine — « l’hormone du bonheur » — comme une substance chimique du cerveau. Mais une quantité surprenante de cette hormone est produite dans l’intestin, ce qui signifie que ce que tu manges a peut-être plus d’influence sur ton bien-être que tu ne le penses.
« Veiller à prendre soin de soi va être essentiel lors des événements majeurs de la vie », explique Umbrite. Elle brosse un tableau familier : « Imaginons que tu sois en plein divorce et que tes habitudes alimentaires soient bouleversées. La question qui se pose alors est la suivante : comment peux-tu t’aider au mieux ? Quelle petite chose peux-tu faire ? »
Cette « petite chose » peut être toute simple : manger un légume aujourd’hui, prendre une salade en sachet pour accompagner ton hamburger, acheter un sachet de mélange de fruits secs au supermarché.
C’est aussi là qu’Umbrite estime qu’un débat plus large s’impose depuis longtemps. Les conseils nutritionnels ont longtemps mis hommes et femmes dans le même panier, dit-elle, alors que les deux parcours sont souvent bien distincts.
« On se concentre tellement sur l’alimentation des femmes que l’expérience des hommes face à la nourriture est parfois oubliée. Et elle ne devrait pas l’être, car les hommes et les femmes vivent des expériences différentes en matière d’alimentation », explique Umbrite.
Cette différence compte, tout comme le fait de permettre aux hommes de trouver leur propre façon de manger, à l’abri des pressions ou des normes irréalistes.
« Il n’y a pas une seule façon parfaite de manger. Trouve celle qui te fera te sentir le mieux. Et ce n’est pas grave si nos objectifs changent aussi. Notre façon de manger à 20 ans sera différente de celle à 40 ans. Et c’est tout à fait normal », dit Umbrite.
Ce qui est aussi tout à fait normal — et même encouragé —, c’est de voir la nourriture comme un moyen de créer des liens d’amitié, de faire partie d’une communauté et de partager un repas entre potes.
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