Note de la rédaction : Cet article a été publié pour la première fois en octobre 2024 et a été mis à jour pour inclure de nouvelles données issues de la recherche et des tests.
En tant que gastro-entérologue, je trouve encourageants les progrès réalisés par le Canada en matière de dépistage et de traitement du cancer colorectal. À l’heure actuelle, 90 % des cas sont traitables s’ils sont détectés tôt. Cela dit, ça reste la deuxième cause de décès par cancer chez les hommes canadiens, en partie parce que beaucoup d’entre eux hésitent encore à parler de leurs selles avec leur médecin de famille.
Une chose que je rencontre souvent dans mon cabinet, c’est la gêne. Les gens ne veulent pas parler de leurs selles ni évoquer des symptômes comme des saignements rectaux. Je comprends bien : ce ne sont pas vraiment des sujets dont on parle à table. Mais en réalité, il faut qu’on arrive à parler normalement de notre santé digestive. Il n’y a pas de quoi avoir honte ; c’est ta santé, et prendre les problèmes à la source peut te sauver la vie.
Le dépistage est essentiel
S’il y a une chose sur laquelle je ne saurais trop insister, c’est l’importance d’un dépistage régulier du cancer colorectal. Ça ne concerne pas seulement ceux qui présentent des symptômes évidents ou des antécédents familiaux. Tout le monde devrait agir de manière proactive pour réduire le risque de cette maladie. Après tout, le dépistage est le seul moyen éprouvé de réduire ton risque, car il permet de détecter le cancer avant qu’il ne devienne mortel.
En quoi consiste le dépistage ?
Parle à ton médecin ou à ton infirmier(ère) pour déterminer quelle forme de dépistage du cancer colorectal te convient le mieux. Voici les principaux tests et procédures de dépistage :
Test immunochimique des selles (FIT) : il s’agit d’un moyen simple, sûr et non invasif de dépister le cancer colorectal chez toi. S’il détecte de petites quantités de sang dans tes selles, cela peut indiquer un cancer colorectal ou des polypes précancéreux (excroissances anormales dans le côlon ou le rectum).
Un seul échantillon de selles suffit pour faire le test et tu n'as pas besoin de modifier ton alimentation ni tes traitements. Une fois prélevé, tu envoies l'échantillon à une clinique ou tu le déposes dans les deux jours. Tu recevras tes résultats par courrier et ton médecin en recevra également une copie.
Si tes résultats sont anormaux, des examens complémentaires, comme une coloscopie (voir ci-dessous), seront nécessaires pour approfondir le diagnostic. Si tes résultats sont normaux, refais le test tous les deux ans jusqu’à tes 74 ans pour assurer un suivi régulier.
Coloscopie : pour les personnes présentant un risque accru de cancer colorectal, la coloscopie est la méthode de dépistage la plus complète, car elle permet d’examiner l’ensemble du côlon. Elle permet aux médecins de réaliser des biopsies et de retirer les polypes susceptibles de devenir cancéreux.
Bien qu’elle ne soit pas recommandée pour les personnes présentant un risque moyen, elle est indispensable pour celles qui ont des antécédents familiaux, qui ont déjà eu des polypes ou qui présentent des symptômes tels que des saignements rectaux. Fais une coloscopie dans les huit semaines suivant un résultat anormal au test FIT afin d’assurer un dépistage précoce.
Qui doit se faire dépister et quand ?

La plupart des cas de cancer colorectal sont encore diagnostiqués chez les personnes de plus de 50 ans, c’est pourquoi les recommandations de dépistage préconisent généralement de commencer à cet âge. Si tu as des antécédents familiaux de cancer colorectal — surtout si un proche a été diagnostiqué avant 60 ans —, tu devras peut-être commencer le dépistage plus tôt. En fonction de tes facteurs de risque, certaines personnes commencent le dépistage dès l’adolescence.
Pour les personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) telles que la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse, la situation est un peu différente. L’inflammation chronique de l’intestin est associée à un risque accru de cancer colorectal. Mais bonne nouvelle ! En contrôlant au mieux cette inflammation, tu peux réduire ton risque.
Utilise l’outil « Bilan de santé masculin » pour faire le point et comprendre comment tes habitudes et tes antécédents sont liés à huit problèmes de santé courants chez les hommes, dont le cancer colorectal. Ce n’est pas un diagnostic, mais simplement des conseils pour t’aider à faire des choix éclairés.
Quels symptômes faut-il surveiller ?
L’une des difficultés avec le cancer colorectal, c’est qu’il ne présente pas toujours de symptômes évidents, surtout à ses débuts. C’est encore une fois pour ça que le dépistage est si essentiel. Mais il y a certains signaux d’alerte que tu ne dois jamais ignorer :
Numération globulaire : une carence en fer, par exemple, peut parfois être le premier signe que quelque chose ne va pas au niveau de ton côlon, même si tu ne présentes aucun symptôme intestinal.
Du sang dans les selles : c’est l’un des symptômes les plus importants. Ce n’est pas normal et ça justifie toujours des examens complémentaires.
Un changement dans tes habitudes intestinales : les gens me demandent souvent : « Combien de selles devrais-je avoir par jour ? » En réalité, il n’y a pas de chiffre magique. Ce qui compte, c’est ce qui est normal pour toi. Si ta routine habituelle change soudainement, que ce soit au niveau de la fréquence, de la consistance ou de l’urgence, c’est un signe que tu devrais en parler à ton médecin.
Gêne abdominale : celle-là est facile à négliger. Parfois, ce n’est rien, mais ça peut aussi être un signe précoce d’un problème.
L’augmentation des cas de cancer colorectal chez les jeunes adultes

On constate une augmentation des cas de cancer colorectal chez les jeunes adultes. C’est une tendance difficile à ignorer, même si on ne comprend pas encore tout à fait pourquoi elle se produit.
Il existe plusieurs hypothèses. Peut-être est-ce lié au mode de vie de plus en plus sédentaire que mènent de nombreuses personnes aujourd’hui, associé à de mauvaises habitudes alimentaires et à l’obésité. Mais là encore, on se garde bien de tirer des conclusions hâtives. Ce qu’on sait, c’est que les jeunes adultes peuvent développer un cancer colorectal – et c’est effectivement le cas –, il est donc essentiel de prendre tout symptôme au sérieux, quel que soit ton âge.
Récemment, des études ont montré que si ton alimentation est riche en aliments ultra-transformés, ton risque de développer un cancer colorectal augmente considérablement, même à un jeune âge. On prévoit même que les taux de diagnostic chez les jeunes adultes vont doubler tous les 15 ans, ce qui est lié à ce facteur.
Un moyen simple d’éviter de consommer trop de ces produits, c’est de faire tes courses principalement dans les allées « extérieures » du supermarché. C’est là que tu trouveras davantage de fruits et légumes, ainsi que des céréales, de la viande et des produits laitiers qui ne sont généralement pas très transformés. Tu peux aussi suivre la règle des 80/20 : remplis 80 % de ton caddie d’aliments complets et 20 % d’aliments transformés. Tu peux tout à fait te faire plaisir avec des aliments transformés de temps en temps.
Améliorer le dépistage et la sensibilisation
Même si le dépistage nous permet désormais de détecter la maladie plus tôt, il reste encore du chemin à parcourir. Au Canada, on s’appuie beaucoup sur les analyses de selles comme principal outil de dépistage. Bien qu’elles soient efficaces, j’espère que la science finira par nous offrir une méthode de dépistage plus accessible pour encourager davantage de personnes à se faire dépister.
En attendant, on diagnostique davantage de cancers à un stade précoce, ce qui est une grande victoire. Plus on le détecte tôt, meilleurs sont les résultats. Cependant, la tendance à voir de plus en plus de patients jeunes recevoir un diagnostic nous incite à faire preuve d’humilité. Il reste encore beaucoup à comprendre sur les raisons de ce phénomène.
Mais tu dois quand même être à l’écoute de ton corps, te faire dépister quand il le faut et ne pas avoir peur de parler de ta santé intestinale. C’est une conversation qui pourrait te sauver la vie.
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