John Vennavally-Rao, journaliste chevronné de CTV News, se sentait en pleine forme à 53 ans. Il allait régulièrement à la salle de sport, courait plusieurs fois par semaine et prenait globalement soin de lui. Il n’avait aucun symptôme. Aucun signe avant-coureur. Rien qui aurait pu le faire hésiter à prendre rendez-vous pour une coloscopie de routine.
C’est alors qu’on lui a diagnostiqué deux cancers distincts à un stade avancé : un au rectum et un autre au poumon.
« Je pensais avoir échappé au pire », se souvient John. « En fait, j’étais pile dans la ligne de mire. »
Son histoire n’est pas rare. Elle nous rappelle que le cancer colorectal se fiche de savoir si tu te sens en bonne santé, si tu fais du sport ou si tu manges beaucoup de légumes. Et de plus en plus, ce n’est plus seulement une maladie qui touche les hommes âgés.
Pourquoi le dépistage est plus important que tu ne le penses
Le Dr Brian Bressler, gastro-entérologue, le dit sans détour : « La seule chose dont l’efficacité pour réduire ton risque de cancer colorectal a été prouvée, c’est le dépistage régulier. »
C’est vrai. Le dépistage en soi, c’est un choix de vie. C’est une approche proactive de la santé qui permet de détecter les problèmes avant qu’ils ne deviennent des urgences. Depuis des décennies, l’âge standard pour le dépistage au Canada est de 50 ans, mais ce critère est en train de changer.
« On constate que le cancer du côlon est de plus en plus souvent diagnostiqué chez des patients de moins de 50 ans », note le Dr Bressler. « C'est une tendance alarmante. » Des recherches récentes le confirment et on s'attend à ce que le nombre de diagnostics double. Aussi effrayant que ça puisse paraître, le cancer colorectal (lorsqu'il est détecté tôt) a un taux de survie de 90 % — c'est énorme. Ça veut dire que plus on détecte ces cas tôt, plus les hommes ont de chances de s'en sortir.
Aux États-Unis, l’âge recommandé pour le dépistage est déjà passé à 45 ans. Récemment, la Société canadienne du cancer a fait part de ses préoccupations concernant l’âge du dépistage du cancer colorectal afin d’atteindre le même seuil que nos voisins du sud.
Apprends à connaître ton corps, connais tes risques
Le problème avec le cancer colorectal, c’est qu’il ne présente souvent aucun symptôme avant d’être à un stade avancé. C’est pourquoi le dépistage est si crucial. Mais si tu remarques des changements, ne les ignore pas.
Signes d’alerte à surveiller :
- Du sang dans tes selles (ce n'est pas normal)
- Un changement dans tes habitudes de selles qui persiste
- Une gêne abdominale qui ne disparaît pas
- Une anémie ferriprive sans cause évidente
Le Dr Bressler insiste sur le fait que les habitudes intestinales « normales » varient d’une personne à l’autre. Ce qui compte vraiment, c’est de savoir si tes habitudes ont changé. Si tu remarques quelque chose de différent qui dure plus de deux semaines, parle-en à ton médecin.
Et ne laisse pas la gêne te freiner. « Dans notre société, on n’ose pas vraiment parler de ses selles », admet le Dr Bressler. « C’est dommage. »
John partage ce point de vue. Il a entendu parler d’hommes qui ont saigné pendant six mois avant de demander de l’aide, car ils étaient trop gênés pour en parler. « Il faut vraiment faire examiner ce genre de problème », dit-il.
Les jeunes hommes, un risque accru
L’une des tendances les plus inquiétantes concernant le cancer colorectal est l’augmentation des cas à apparition précoce. Même si on en cherche encore les raisons, les experts mettent en avant des facteurs potentiels comme la sédentarité, de mauvaises habitudes alimentaires et des influences environnementales.
« Si tu as 43 ans et que tu constates un changement dans tes habitudes intestinales ainsi que du sang dans tes selles, ne pars pas du principe que ce n’est pas un cancer simplement parce que tu as moins de 50 ans », prévient le Dr Bressler. « Ce n’est probablement pas un cancer, mais on est beaucoup plus enclins à examiner ces symptômes chez les patients plus jeunes qu’on ne l’était par le passé. »
Les antécédents familiaux ont aussi leur importance. Si un de tes proches a reçu un diagnostic de cancer colorectal avant 60 ans, tu devrais probablement commencer le dépistage plus tôt.
Ce que tu peux contrôler
Même si le dépistage est la seule méthode de prévention éprouvée, ton mode de vie a tout de même son importance. Des études suggèrent des liens entre le cancer colorectal et des facteurs tels que l’obésité, les aliments ultra-transformés et la consommation d’alcool.
Et même si ce n’est jamais une garantie absolue, maintenir un poids sain, avoir une alimentation équilibrée et rester actif sont toujours des choix judicieux en matière de prévention des maladies.
La routine sportive de John, par exemple, a sans doute joué un rôle dans son rétablissement. « Avoir cette masse musculaire supplémentaire m’a vraiment aidé à tenir le coup pendant l’opération », dit-il. Au cours d’un séjour d’un mois à l’hôpital, il a perdu 30 livres, principalement du muscle.
« C’est incroyable », dit-il. « Tu passes de 30 minutes de jogging par jour à à peine pouvoir marcher en l’espace de trois semaines à l’hôpital. La vitesse à laquelle ton état peut se détériorer est stupéfiante. »
Heureusement, comme il s’était constitué des réserves au fil des années de musculation, il a eu la force de se redresser dans son lit et de finir par retourner à la salle de sport.
Comment le dépister tôt
Au Canada, les options de dépistage comprennent généralement :
- Test immunochimique fécal (FIT) : un kit d’analyse des selles envoyé par la poste à ton domicile. Facile à réaliser, mais moins précis qu’une coloscopie.
- Coloscopie : la référence absolue. Plus invasive, mais plus complète.
Si tu présentes un risque accru de cancer colorectal, certains experts recommandent une coloscopie plutôt qu’un test FIT.
John ne tourne pas autour du pot quand il s’agit des options de dépistage. « Fais-toi dépister. Prends tes intérêts en main. Demande peut-être un deuxième avis. La personne qui va le plus veiller sur toi, c’est toi-même. »
Il a appris à lire ses propres résultats d’analyses, à repérer les erreurs et à avoir des discussions plus éclairées avec ses médecins. « Ça te donne du pouvoir », dit-il. « Mais si ça te stresse, c’est peut-être mieux de laisser quelqu’un d’autre prendre les rênes. »
Une lueur d’espoir à l’horizon
Malgré tout ce que John a traversé, il reste optimiste. Les progrès médicaux lui ont donné une chance de s’en sortir que les générations précédentes n’avaient pas. Son cancer du poumon présente une mutation génétique spécifique qui peut être ciblée par des médicaments. Ses opérations ont été peu invasives. Son rétablissement, bien que difficile, a été possible.
« Je suis super reconnaissant qu’ils aient pu faire tout ça », dit-il. « Il y a vingt ans, quelqu’un comme moi aurait probablement vécu environ un an et demi. Les progrès ont été tellement importants. »
Il est aussi reconnaissant de la prise de conscience que son histoire a suscitée. Depuis qu’il a partagé son expérience, il a reçu des messages de gens de partout au Canada — certains avec des diagnostics similaires, d’autres avec des questions sur les poches de stomie, d’autres encore qui voulaient simplement savoir qu’ils n’étaient pas seuls.
Agis dès aujourd’hui
Tu n’as pas besoin d’attendre que les symptômes apparaissent. Tu n’as pas besoin d’attendre d’avoir 50 ans. Et tu n’as surtout pas besoin d’affronter ça tout seul.
Discute avec ton médecin traitant pour savoir quand commencer le dépistage. Si tu remarques des changements dans ton corps, n’hésite pas à en parler. Et n’oublie pas : mieux vaut agir tôt que d’attendre qu’il soit trop tard.
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