En tant que cascadeur pro, on me demande souvent si je suis nerveux ou si j'ai peur avant de plonger sous un camion en marche, de sauter à travers un mur de flammes ou de tomber d'un immeuble.
Ma réponse : en général, non. Mes années passées à jouer au football américain dans la LCF m’ont préparé à une carrière de cascadeur. En plus, BEAUCOUP de préparation, de concentration et de motivation pour atteindre les objectifs que je me suis fixés m’aident énormément à tenir la peur et le trac à distance.
Tu t’es déjà demandé ce que ça fait d’être cascadeur ? En bref, c’est passionnant et ça demande beaucoup d’entraînement, de préparation et de force mentale.
De footballeur à cascadeur

La transition entre ma carrière de joueur dans la LCF et celle de cascadeur s’est faite grâce à l’endroit où je vivais, à mes amis et au bon timing. Je vivais à Vancouver, où l’industrie cinématographique est très importante, et je connaissais quelques anciens joueurs des BC Lions ainsi que d’autres amis qui étaient cascadeurs. Plus j’en apprenais sur ce métier, plus il me plaisait.
Ma toute première cascade, c’était sur Stargate Atlantis, aux côtés de l’acteur Jason Momoa. J’ai dû courir à travers un labyrinthe avec des effets pyrotechniques, encaisser un coup de feu (évidemment factice) dans le corps, puis m’écrouler au sol. Tomber après avoir reçu une balle ou un coup, ça fait partie intégrante du métier ! Tout ce temps passé au sol au football m’a vraiment aidé, vu qu’on t’engage surtout pour faire plein de chutes quand tu débutes dans le monde des cascades.
Petit à petit, j’ai pu m’attaquer à des techniques plus pointues, comme les sangles à cliquet (qui donnent l’impression que quelqu’un vole après avoir reçu un coup de pied ou un coup de poing), l’utilisation de descendeurs (pour tomber des immeubles) et les câbles (aussi pour voler et tomber).
Chaque cascade, c'est comme un match de foot
Parfois, tu n’as qu’une seule chance de réussir la prise, et tu veux y mettre tout ce que tu as. Selon ce qui se passe dans la scène, chaque mise en place peut coûter très cher, en fonction du matériel utilisé et de la façon dont on filme. Du coup, je veux m’assurer d’être au top de ma forme et de donner le meilleur de moi-même à chaque fois. Comme ça, je donne aux réalisateurs, aux producteurs et aux coordinateurs de cascades exactement ce qu’ils veulent. Il faut que ton équipe soit satisfaite.
Il y a vraiment beaucoup à savoir. J’apprends encore tous les jours. Je développe mes compétences au fil du temps et j’ai gagné la confiance des coordinateurs et des autres cascadeurs pour réaliser des figures plus impressionnantes (et plus flippantes).
Ma cascade préférée
J’ai eu la chance de faire des trucs plutôt cool. Ma cascade préférée, c’était quand j’ai doublé DB Woodside dans la saison 2 de Lucifer ; c’était un gros combat entre lui et le personnage de Lucifer. Le point d’orgue de ce combat, c’est quand j’ai été projeté dans un bar. Ça peut paraître simple, mais il a fallu beaucoup de préparation pour que la prise soit parfaite. Je devais être à l’horizontale et atterrir à un endroit précis, car c’est là que se trouvaient toutes les bouteilles ; je ne pouvais donc ni être trop haut, ni trop bas. Et ça n’aurait pas pu mieux se passer. Quelle sensation géniale !
La cascade la plus effrayante
Il y a eu quelques moments où j’ai eu un petit coup de panique une fois la cascade terminée. L’un d’entre eux, en particulier, c’était une grande scène de poursuite où je faisais la doublure de Mahershala Ali, lauréat d’un Oscar, dans une série intitulée Alcatraz.
Il y a une longue séquence où Mahershala se fait poursuivre. Je cours à travers tout un tas d’obstacles tout en étant poursuivi par un inspecteur. À la fin de la séquence, un semi-remorque passe à toute vitesse, et je dois rouler sous le camion en marche.
La veille au soir, je n’y avais pas prêté attention. Quand je suis arrivé le matin, il y avait un énorme semi-remorque et l’un des meilleurs cascadeurs au volant de tous les temps, Jeff Sanca, debout à côté. Dès que j’ai vu Jeff et le camion, je me suis concentré pour qu’on puisse commencer la répétition. D’abord, j’ai dû faire quelques roulades sous le camion à l’arrêt pour voir dans quel sens j’allais rouler et comment je voulais bouger mon corps.
Une fois que j’avais compris ça, j’ai demandé à Jeff de passer à côté plusieurs fois, à environ 30 kilomètres à l’heure, pour que je puisse déterminer mon point d’entrée. Entre mon point d’entrée et le moment où les roues allaient me heurter, j’avais environ 2,5 secondes. J’étais complètement concentré et dans le coup, la prise s’est parfaitement déroulée, et tout le monde était content du résultat. Mais quand je suis rentré chez moi et que j’ai eu le temps de digérer tout ça, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je viens de faire ?! »
Comment je reste concentré et calme au boulot
La résilience et la force mentales sont indispensables pour les métiers sous haute pression comme le football ou celui de cascadeur. Il faut de la concentration et la capacité à rester calme tout en faisant des choses qui font monter l’adrénaline. J’ai une philosophie personnelle que j’applique à tout ce que je fais, et elle s’appelle SHRED : Force, Cœur, Résilience, Efficacité et Discipline.
Force : ça, c’est la force mentale. Que ce soit marcher un kilomètre ou perdre une livre, tu dois te voir réussir.
Cœur : le cœur, c’est s’investir à fond, pas faire les choses à moitié. Si tu te lances dans quelque chose, donne-toi un peu plus et va jusqu’au bout.
Résilience : tu vas rencontrer des obstacles sur le chemin qui te mène à tes objectifs. La résilience, c’est se faire dévier de sa trajectoire, se relever et garder les yeux rivés sur son objectif.
Efficacité : Identifie où tu as fait des erreurs, corrige-les et tire-en des leçons. Tu gagnes en efficacité à chaque fois que tu apprends de tes erreurs.
Discipline : C’est la pièce maîtresse qui relie tout ça. Tu ne seras pas toujours motivé. Même moi, je n’ai pas toujours envie de m’entraîner. Mais je sais quel est mon objectif ultime, et je sais que j’ai besoin de discipline pour l’atteindre.
Comment te préparer mentalement à TOUT
Que ce soit pour animer une grande réunion au boulot, rencontrer tes futurs beaux-parents ou te frayer un chemin dans les embouteillages aux heures de pointe, c’est important de savoir garder la tête froide face à des situations ou des personnes difficiles.
Voici comment rester concentré à tout moment :
Concentre-toi sur l’objectif
La première étape, c’est d’anticiper le résultat final du défi auquel tu fais face. En tant qu’ancien défenseur de la LCF, je sais que si tu dois plaquer un adversaire plus costaud que toi, tu dois te concentrer sur la situation dans son ensemble. Au lieu de chercher à réaliser un plaquage spectaculaire — et d’augmenter ainsi le risque de te faire mettre hors jeu —, concentre-toi sur la tâche à accomplir : réussir le plaquage, rester dans le match et aider ton équipe à gagner.
Ça s’applique à plein de situations du quotidien : au lieu de t’énerver quand le conducteur devant toi prend deux voies, par exemple, reste calme, garde tes distances par rapport à son pare-chocs arrière et concentre-toi sur le plaisir que tu auras de rentrer chez toi et de te détendre.
Visualise ton objectif
On peut appliquer ça à notre vie de tous les jours. L’un des meilleurs moyens de te concentrer sur tes objectifs, c’est de visualiser le résultat final positif. Dans le cas de ce conducteur insupportable, imagine-toi chez toi, affalé sur le canapé, les pieds en l’air, une boisson bien fraîche dans une main et quelqu’un de mignon dans l’autre.
Tu peux t’imaginer en train de faire tout ce qui te motive le plus : assis sur le ponton avec une grosse truite au bout de ta ligne, en train de jouer à te battre avec tes enfants dans le jardin, en train de regarder le meilleur ami de l’homme courir après une balle dans le parc… Tout ça, c’est génial.
Prends soin de toi
Quand on est malade ou blessé, on a souvent tendance à faire le dur et à tenir le coup. C’est là qu’intervient l’idée de prendre soin de soi. C’est vraiment important de prendre soin de toi en faisant régulièrement de l’exercice, en mangeant sainement et en consultant ton médecin quand tu ne te sens pas bien ou que tu n’es pas en forme.
Si tu as des courbatures ou des douleurs, va voir un masseur ou un chiropracteur. Si ta voiture est en panne, tu l’amènes au garage pour la faire réparer, alors fais la même chose pour toi. On a tous besoin d’un petit réglage de temps en temps. Le quotidien peut mettre ton corps à rude épreuve. Si tu ne soignes pas tes blessures, ton corps s’en souvient, et cette blessure finira par te rattraper à un moment ou à un autre de ta vie. Prends les choses à la source dès qu’elles se présentent pour éviter qu’elles ne s’aggravent avec l’âge.
Médite pour apaiser ton esprit
Avant de réaliser des cascades, je médite et je me mets dans un état de calme profond. Je n’entends même plus ce qui se passe autour de moi. Je garde les yeux fermés et je répète lentement dans ma tête ce que je vais faire. Je me détends, je respire profondément et je repasse la scène en boucle pour que, quand le réalisateur crie « action ! », je sois prêt à tout déchirer !
Toi aussi, tu peux le faire. Assieds-toi tranquillement et concentre-toi simplement sur ta respiration. C’est un moyen facile de retrouver ta concentration et de te préparer mentalement à presque tout.
Fais le plein de sommeil
C’est plus dur d’être bien préparé quand tu es fatigué. Un sommeil suffisant est associé à la maîtrise de soi, à la concentration et à la mémoire, et selon la National Sleep Foundation aux États-Unis, la plupart des hommes âgés de 26 à 65 ans ont besoin de 7 à 9 heures de sommeil par nuit. Les hommes mentalement forts font d’un sommeil de qualité une priorité en adoptant une bonne hygiène de sommeil.
Reste positif
Le mantra de l’homme mentalement fort : « Chaque problème a une solution. » Faire partie de cette solution, plutôt que de se plaindre du problème, c’est la prochaine étape. Chaque défi est l’occasion d’apprendre de ses erreurs, d’accepter le changement et de s’améliorer. Ensuite, une fois que t’as atteint ton objectif, célèbre ton succès, peu importe comment les autres le perçoivent. De même, si quelqu’un d’autre résout le problème, célèbre son succès comme s’il s’agissait du tien.
Prends des risques (calculés)
Il a été démontré que la confiance en soi incite à prendre davantage de risques. La clé, cependant, c’est qu’il s’agisse de risques calculés, basés sur une bonne préparation. Pour ceux qui ont l’esprit fort, le risque est le revers du regret. Comme le dit le proverbe : « Mieux vaut avoir essayé et échoué que de ne jamais avoir essayé. »
À moins que tu ne plonges sous un semi-remorque en marche. Crois-moi : là, pas de place pour l’échec !
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