Pour l'artiste de hip-hop canadien DillanPonders, la musique a toujours été un moyen de s'exprimer. Mais son parcours vers la découverte de soi a pris un tournant inattendu quand il a décidé de relever l'un de ses plus grands défis personnels : rester sobre.
Ce qui a commencé par un jogging de 18 minutes sur la plage s’est transformé en une aventure qui a changé sa vie et qui a abouti à la réalisation de 100 marathons en 100 jours. Son histoire, c’est celle de la résilience, de la transformation et de la façon dont il a su tirer parti de l’inconfort pour révéler son moi le plus authentique.
L’artiste hip-hop DillanPonders a partagé son expérience avec l’animateur Dan Murphy dans l’épisode 38 du podcast « Don’t Change Much ».
Un moment de prise de conscience
À l’approche de ses 30 ans, DillanPonders était au bord du gouffre. « J’étais vraiment en mauvaise santé — mentalement, physiquement, spirituellement », se souvient-il. « Je buvais environ deux à six bières par jour, tous les jours, depuis quelques années. J’en étais arrivé au point où je vomissais du sang. Je ne me reconnaissais plus dans le miroir, et j’étais envahi par une léthargie générale et un sentiment de dégoût de moi-même. »
Un voyage en République dominicaine avec sa fiancée lui a fait prendre pleinement conscience de ses difficultés. « Les deux premiers jours de ce voyage, j’ai pas mal bu — honnêtement, c’est un euphémisme. C’était un hôtel tout compris, donc je buvais toute la journée, tous les jours, jusqu’au bout de la nuit. Je me suis réveillé le lendemain matin en vomissant du sang. Je me suis regardé dans le miroir, j’ai fondu en larmes et je me suis dit : “Il est temps d’arrêter l’alcool.” »
Trois jours plus tard, le 13 novembre 2021, Dillan s’est engagé à rester sobre : « Je me suis dit : “Je vais juste arrêter l’alcool pendant 90 jours.” Par petites étapes faciles à gérer. »
Les premiers pas
Le parcours de sobriété de Dillan a commencé par une petite course. « Le 14 novembre, je suis allé à la plage et j’ai tout de suite commencé à courir. C’était un moment assez conscient, dans le sens où je savais que je devais faire quelque chose de mon corps, éliminer les toxines en transpirant, et une partie de moi voulait juste faire quelque chose que je n’avais pas fait depuis très longtemps. »
Il a décrit ces premiers pas : « J’ai couru le long de la plage pendant environ 18 minutes. J’étais épuisé, mais je me suis dit : “Bon, je sais que je suis accro à l’alcool. Alors chaque fois que j’ai l’impression de retomber dans le piège de l’alcool, je vais courir, parce que ça me fait du bien.” Je me suis promis de courir chaque fois que j’aurais envie de boire. »
De retour à Toronto, Dillan a continué à tenir cette promesse. « J’ai téléchargé l’appli Nike et j’ai commencé à compter mes kilomètres. Au début, je n’arrivais à en faire que deux ou trois. Au bout d’une semaine ou deux, j’en faisais quatre ou cinq. Quand j’ai atteint les 90 jours d’abstinence, je me suis dit : “Je vais continuer comme ça aussi longtemps que je pourrai.” »

100 marathons en 100 jours
La décision de courir 100 marathons en 100 jours a poussé Dillan à ses limites. « C’était sans conteste la chose la plus difficile que j’aie jamais faite de ma vie », a-t-il admis. « Physiquement, ces courses étaient épuisantes d’une manière que je n’aurais même pas pu imaginer. »
« Mais le combat mental a été l’obstacle le plus important et le plus difficile à surmonter pour moi. Me réveiller chaque matin en sachant exactement ce qui m’attendait m’a obligé à adopter un état d’esprit «pas à pas», plutôt que de considérer la distance totale que je devais parcourir chaque jour, car c’était écrasant et ça donnait l’impression que c’était insurmontable. »
« J’ai dû décomposer mentalement la course en segments plus faciles à gérer. “Bon, je peux courir 5 kilomètres huit fois”, ou “Je peux courir 2 kilomètres et faire une pause d’une minute.” »
Dillan a célébré chaque jour comme une étape importante. « Après le deuxième marathon, chaque jour était une fête, parce que j’étais en terrain inconnu pendant 100 jours d’affilée », a-t-il expliqué. « À la fin de chaque journée, je ressentais toujours une immense gratitude. Ma plus grande façon de fêter ça, c’était juste de manger, de passer du temps avec ma fiancée et de m’allonger le plus vite possible. »
Pleine conscience et santé mentale
La course à pied est devenue bien plus qu’un exutoire physique pour Dillan : c’est devenu un moyen de gérer des émotions qu’il avait enfouies pendant des années. « J’ai remplacé ma tendance à réfléchir profondément par celle[being] de boire sans modération », a-t-il expliqué. « Quand je courais, je commençais à me demander pourquoi je me sentais déprimé. J’ai compris qu’être honnête avec moi-même et réfléchir à des choses auxquelles je ne voulais pas penser me permettait de les remettre en perspective. »
Cette prise de conscience a transformé la façon dont Dillan abordait sa santé mentale. « Beaucoup de mes problèmes de santé mentale trouvaient leur origine dans ma consommation excessive d’alcool. J’essayais d’étouffer mes superpouvoirs : le fait d’être empathique, sensible, réfléchi. Ce sont des choses pour lesquelles je suis reconnaissant aujourd’hui, mais à l’époque, je n’étais pas vraiment prêt à vivre pleinement toute la richesse de ces qualités. »[back then]

Aider les autres
Au fur et à mesure que l’histoire de Dillan a attiré l’attention, il s’est servi de sa notoriété pour aider les autres. « Même aujourd’hui encore, je consacre entre 30 minutes et une heure de ma journée à lire les messages de gens du monde entier », a-t-il expliqué. « Être en mesure d’offrir simplement un espace sûr où les gens peuvent parler de choses dont ils ne parlent peut-être à personne d’autre dans leur vie a été l’une des plus grandes bénédictions de cette période de ma vie. »
Mais Dillan a aussi insisté sur l’importance de l’équilibre. « Je dois quand même donner la priorité à ma santé mentale. Je dois m’assurer de respecter ma routine du matin : me réveiller, m’étirer, faire du sport, courir, écrire, parfois faire le ménage. Peu importe ce que c’est. Je suis très flexible avec ma routine du matin, mais elle est toujours productive. »
Certains jours, c’est un peu plus dur et plus difficile de gérer l’afflux de messages que je reçois. Mais je vois aussi ça comme une chance, parce que je sais que je suis juste là à lire tout ça, sans avoir à les vivre directement. Je dois faire le point et m’assurer que je suis dans le bon état d’esprit pour donner mon avis. »
La philosophie de « Don’t Change Much »
En réfléchissant au titre du podcast, Dillan a partagé son interprétation : « Pour moi, “Don’t Change Much”, c’est un rappel ferme que tu es déjà assez bien comme tu es. Tu es capable de faire de grandes choses sans te projeter dans la peau de quelqu’un d’autre. »
« T’as pas besoin d’être quelqu’un d’autre pour être la meilleure version de toi-même. Il suffit de faire de petits pas et de décomposer les choses qui semblent insurmontables en étapes plus faciles à gérer. Tu arriveras là où tu veux aller, et même au-delà. »
Et maintenant ?
Le parcours de Dillan est loin d’être terminé. « En 2025, je prévois de venir à bout de quelques ultramarathons : l’UTMB et Badwater », a-t-il déclaré. « Côté musique, je sors une chanson par semaine depuis plus de deux ans. En 2025, je vais en sortir deux par semaine pendant toute l’année. Je travaille aussi sur un livre intitulé Thought Food, que je prévois de publier en 2025. »
L’histoire de DillanPonders est un témoignage de résilience, de pleine conscience et du pouvoir transformateur des petits changements. Comme il le dit lui-même : « Pas besoin de t’imaginer en quelqu’un d’autre pour atteindre l’excellence. »
Écoute ci-dessous l’épisode complet du podcast « Don’t Change Much » avec DillanPonders et Dan Murphy.
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