Les pères, qu’ils soient présents ou absents, ont une influence sur leurs enfants. Les effets positifs et/ou négatifs des relations parent-enfant durent généralement toute la vie.
En tant que père, l’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises, c’est que nos enfants ont besoin qu’on soit présent dans leur vie — émotionnellement, mentalement et physiquement. Cette présence, sous toutes ses formes, est le fondement d’une relation saine entre toi et tes enfants.
Être présent, ça va bien au-delà du simple fait d’être là. Il s’agit de créer un espace où tes enfants se sentent en sécurité, aimés et compris.
Être père, ce n’est pas être parfait. C’est être « assez bien » et aimer ton enfant à travers toutes les épreuves. C’est t’assurer que ton enfant sache que tu seras toujours là pour lui, quoi qu’il arrive.
C’est l’essence même du rôle de papa — et c’est aussi le meilleur moyen de préserver la santé mentale de tes enfants. Une étude récente ayant révélé que les risques de dépression et d’anxiété sont nettement plus élevés chez les jeunes hommes que dans l’ensemble de la population masculine, ce type d’attention paternelle est plus important que jamais.
Une leçon déchirante
Il y a trente ans, alors que je travaillais comme médecin en soins palliatifs à l’hôpital St. Paul’s de Vancouver, j’ai été témoin d’un phénomène déchirant qui allait façonner à jamais ma conception de la paternité. Alors que je m’occupais de patients atteints du VIH et du sida, des mères venaient de tout le pays pour être aux côtés de leurs fils alors qu’ils approchaient de la fin de leur vie. Pourtant, à chaque fois, les pères brillaient par leur absence.
Un soir, j’ai entendu par hasard un jeune homme contacter son père pour ce qui allait être la dernière fois. « Papa », a-t-il dit au téléphone, « j’ai trois choses à te dire. Premièrement, je suis gay. Deuxièmement, j’ai le sida. Et troisièmement, je suis en train de mourir. » Un silence pesant suivait chaque phrase. Après un bref au revoir, il a raccroché et est retourné dans sa chambre.
Les jours suivants, je me suis retrouvé à me poser deux questions : est-ce que mon propre père serait là pour moi ? Et si c’était mon enfant, est-ce que je serais là pour lui ?
Cette expérience a joué un rôle central dans l’orientation de mon travail auprès des pères et des hommes. Elle m’a conduit à cofonder Blueprint, une association à but non lucratif qui œuvre pour améliorer le bien-être des hommes et renforcer leur contribution positive au sein des communautés.
En tant que père, l’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises, c’est que nos enfants ont besoin qu’on soit pleinement présents dans leur vie — pas seulement physiquement, mais aussi émotionnellement et mentalement. Sous toutes ses formes, cette présence est le fondement d’une relation saine entre toi et tes enfants.
Cette prise de conscience n’a fait que s’approfondir ces dernières années. En tant que chercheur, j’ai discuté avec des personnes âgées de 21 à 93 ans, qui m’ont toutes fait part de leurs réflexions sur les relations positives qu’elles entretenaient avec leur père. À maintes reprises, le thème qui ressortait de ces conversations était l’impact profond de la présence du père.

Qu’est-ce que « être présent » signifie vraiment ?
Être présent, c’est bien plus que simplement se trouver dans la même pièce que ton enfant. Il s’agit de créer un espace où les enfants se sentent en sécurité, aimés et véritablement compris. Ton enfant a besoin de savoir que tu es pleinement là pour lui.
L’un des exemples les plus marquants que j’ai entendus venait d’un pompier qui expliquait la différence entre deux types de pères. Il disait que si sa fille avait un accident de voiture, elle pourrait réagir de deux façons différentes. Elle pourrait soit dire : « N’appelle pas mon papa ; il va me tuer », ou bien : « Appelle mon papa ; il saura exactement quoi faire. » Cette deuxième réponse illustre le genre de père que chaque enfant mérite : un père qui apporte son soutien quelle que soit la situation et qui demande : « Ça va ? Comment je peux t’aider ? »
Être présent, ça veut aussi dire être prêt à voir le monde à travers les yeux de ton enfant. J’ai deux filles passionnées de danse et de comédie musicale, deux domaines dont je ne savais pas grand-chose avant leur naissance. J’ai vite compris qu’être un père présent, ce n’était pas les entraîner dans mon univers, mais m’immerger dans le leur. J’ai appris à faire des tresses, à donner mon avis sur les chorégraphies et à apprécier les comédies musicales.
Ma voiture n’était pas remplie de ballons de foot ou de battes de baseball, mais de brosses à cheveux et de costumes de danse. Je me suis plongé dans leurs passions et j’ai rejoint mes enfants là où ils en étaient, pas là où je voulais qu’ils soient.
Aide tes enfants à renforcer leur estime de soi
En tant que pères, on a une influence énorme sur le développement émotionnel de nos enfants. L’une des choses les plus importantes qu’on puisse faire, c’est de valider leurs émotions. Si ton enfant est triste, en colère ou a peur, reconnaître ces sentiments l’aide à développer une saine estime de soi. En validant leurs émotions, on leur montre qu’il est normal de ressentir des émotions — et que ces sentiments ne les rendent pas faibles.
Malheureusement, beaucoup d’hommes ont été élevés dans des environnements où l’on décourageait l’expression des émotions. Des expressions à l’ancienne comme « prends sur toi » et « sois un homme, ne pleure pas » apprennent aux enfants à refouler leurs émotions. Du coup, beaucoup d’hommes ont grandi déconnectés de leurs sentiments, et on sait aujourd’hui que ceux qui refoulent leurs émotions sont plus susceptibles de souffrir de dépression et de honte.
Dans mon travail auprès des pompiers et des policiers, je rencontre souvent des hommes qui disent : « Je ne ressens rien. » Ce qu’ils expriment en réalité, c’est une vie entière passée à réprimer leurs émotions. C’est pourquoi il est essentiel d’apprendre à nos enfants, surtout à nos fils, que les émotions sont naturelles et nécessaires, et qu’ils peuvent les exprimer en toute sécurité sans craindre d’être jugés.
Briser le cercle vicieux
Pour beaucoup d’hommes, la relation qu’ils ont eue avec leur père sert de modèle pour la façon dont ils élèvent leurs enfants. Si tu as eu un père distant ou émotionnellement absent, c’est facile de reproduire ce même comportement par défaut, tout en te demandant un peu ce que ça veut dire d’être un bon père.
La meilleure façon de briser ce cercle vicieux, c’est de porter un regard honnête sur ta relation avec ton père. Demande-toi : comment m’a-t-il traité ? Était-il présent dans ma vie ? M’a-t-il témoigné de la gentillesse et de l’affection ? Comment a-t-il influencé mon enfance et mon adolescence ? Ces traits de caractère se retrouvent-ils chez moi aujourd’hui, en tant qu’adulte ? En réfléchissant à ces questions, tu peux commencer à comprendre l’impact que ton père a eu sur toi et prendre des décisions conscientes sur le genre de parent que tu veux être.
Pour moi, cette réflexion s’est produite quand ma fille aînée avait environ huit ans. J’ai réalisé que j’avais été émotionnellement absent, non pas à cause d’une maladie mentale comme celle de mon propre père, mais parce que je consacrais toute mon attention et mes soins à mes patients.
C’est là que j’ai pris la décision de changer. Je voulais que mes filles sachent ce que ça faisait d’être vraiment aimées par leur père. Je voulais être présent dans leur vie. Je me suis engagé à faire tout ce qu’il fallait pour leur montrer ça : être disponible pour les aider à faire leurs devoirs, les encourager lors d’un concours de danse, rester sous la pluie pour regarder un match de foot et les accompagner au piano lors d’un spectacle de talents.

Comment amener tes enfants à s’ouvrir
Ça peut être très frustrant quand ton enfant refuse de s’ouvrir. Tu es peut-être le père le plus compréhensif du monde, mais parfois, les enfants ne veulent tout simplement pas partager leurs pensées ou leurs sentiments.
Les ados peuvent être particulièrement renfermés, la pression des pairs et l’anxiété étant souvent très présentes à cet âge. C’est pourquoi il est essentiel de faire preuve de patience et de compréhension pendant ces périodes mouvementées.
Pour amener tes enfants à s’ouvrir, il peut falloir créer un environnement où ils se sentent en sécurité et à l’abri de tout jugement. Quand ton enfant te confie quelque chose qui le préoccupe, ta première réaction est-elle de lui dire si c’est bien, mal, ou ce que tu ferais à sa place ?
Les enfants sont souvent plus disposés à partager leurs pensées et leurs sentiments lorsqu’ils se sentent acceptés et non jugés. Leur laisser l’espace nécessaire pour qu’ils puissent s’exprimer et prendre un moment pour reconnaître leur point de vue, même si tu n’es pas entièrement d’accord avec ce qu’ils disent, leur montre que leur opinion compte et renforce le lien qui vous unit.
Une stratégie que j’ai trouvée particulièrement utile, c’est de passer du temps avec tes enfants dans un cadre où la conversation s’engage naturellement, comme lors d’un voyage en voiture. Il y a quelque chose dans le fait d’être en voiture, avec la musique qu’ils aiment en fond sonore, qui les incite davantage à parler. Il est important de ne pas forcer ces moments, mais d’être présent de manière constante pour être prêt quand ils ont envie de parler.
Entamer une conversation sur leurs sentiments peut être difficile pour les enfants, mais des questions douces et ouvertes peuvent créer un espace sûr où ils se sentent à l’aise pour parler de leurs difficultés. Les questions ouvertes permettent à ton enfant de répondre à sa manière, sans se sentir sous pression. Elles montrent que tu t’intéresses sincèrement à son bien-être et que tu es prêt à l’écouter, plutôt que de te précipiter pour lui donner des conseils ou des solutions.
C’est particulièrement important d’entamer des conversations avec tes enfants quand tu remarques des changements dans leur comportement, leur humeur et/ou leurs relations. Il est essentiel que ton enfant sache qu’il peut venir te voir quand il a des soucis. C’est pourquoi c’est une bonne idée de terminer tes questions par cette phrase : « Je suis là pour toi quand tu seras prêt(e) à en parler. »
Dans notre famille, on avait une règle : si nos enfants se retrouvaient un jour dans une situation où ils avaient besoin d’aide, ils pouvaient nous appeler, et on leur demanderait seulement où ils étaient et s’ils étaient en sécurité. Ça a permis de créer un climat de confiance, car ils savaient qu’ils pouvaient compter sur nous sans craindre d’être punis ou jugés.
Comment les pères peuvent soutenir leurs enfants LGBTQ+
Soutenir un enfant LGBTQ+, c’est l’accueillir avec amour, compréhension et un engagement sincère à être son allié. Ces enfants sont souvent confrontés à des défis particuliers, comme la stigmatisation sociale, la peur du rejet et le sentiment d’être différents de leurs camarades, autant de facteurs qui peuvent contribuer à un sentiment d’isolement et/ou à des difficultés de santé mentale.
Une étude récente de la Fondation canadienne pour la santé des hommes montre que les risques de dépression et d’anxiété sont nettement plus élevés chez les hommes gays ou bisexuels que dans l’ensemble de la population masculine.
Le soutien d’un père est donc d’autant plus crucial pour le bien-être des enfants LGBTQ+. En tant que père, ton rôle est d’offrir un espace sûr et accueillant où ton enfant se sent valorisé, aimé et à sa place.
Commence par utiliser un langage rassurant, comme « Je te soutiens quoi qu’il arrive », pour lui faire comprendre que ton amour est inconditionnel. Renseigne-toi sur les questions LGBTQ+ pour mieux comprendre ce qu’il ou elle pourrait vivre. Parle à d’autres parents qui ont vécu une expérience similaire. Cet effort montre que tu t’engages à être un allié bien informé, prêt à le ou la soutenir face à toutes les difficultés.
Utiliser le prénom et les pronoms que ton enfant préfère est une autre étape cruciale. Ça valide son identité et renforce son sentiment d’appartenance. Reste ouvert aux discussions sur son identité, laisse-le s’exprimer quand il sera prêt, et défends-le au sein de la famille et au-delà.

Comment les pères peuvent soutenir leurs enfants en situation de crise
Le soutien d’un père devient essentiel lorsqu’un enfant traverse une crise, qu’elle soit due à des difficultés émotionnelles ou à des défis extérieurs.
Commence par être présent — tant émotionnellement que physiquement — pour que ton enfant sache qu’il n’est pas seul et qu’il peut se tourner vers toi sans craindre d’être jugé.
Écoute attentivement ses préoccupations et sois à l’affût des signes indiquant que ses difficultés vont au-delà du stress quotidien. Des changements de comportement, comme un repli sur soi extrême, des sautes d’humeur ou des troubles du sommeil et de l’appétit, peuvent révéler des problèmes plus profonds qui pourraient nécessiter l’aide d’un professionnel.
Il est essentiel d’être proactif sans trop insister. Fais savoir à ton enfant que tu es là pour le soutenir, mais respecte aussi ses sentiments et son envie de parler. Rassure-le en lui disant « Je suis là pour toi » et « On va affronter ça ensemble » pour lui montrer qu’il n’est pas seul.
Quand la situation l’exige, suggère-lui gentiment de se tourner vers un professionnel. Trouver un psychologue ou un groupe de soutien peut être une étape essentielle pour aborder des problèmes plus profonds. Propose-lui de l’accompagner à ses rendez-vous, en lui montrant que tu t’engages à faire partie de la solution. Cette approche commune peut aider à apaiser son anxiété et lui rappeler qu’il n’a pas à traverser ça tout seul.
En trouvant le juste équilibre entre action et compassion, les pères peuvent guider leurs enfants à travers les crises grâce à un soutien constant et affectueux, en s’assurant qu’ils reçoivent l’aide dont ils ont besoin.
Le plus beau cadeau qu’un père puisse offrir, c’est un amour inconditionnel
Ton enfant a besoin de savoir que tu seras toujours là pour lui, quoi qu’il fasse et qui qu’il soit. J’ai répété à maintes reprises à mes enfants : « Je t’aime. Je suis fier de toi. Et je n’aurais pas voulu vivre ma vie sans toi à mes côtés. » Ces mots comptent et donnent aux enfants un sentiment de sécurité et d’appartenance qu’ils gardent en eux tout au long de leur vie.
Comment était ta relation avec ton père ? N’hésite pas à participer à cette discussion importante dans les commentaires ci-dessous.
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