Sam Corbett est le batteur du groupe de rock canadien The Sheepdogs, acclamé par la critique. À l'été 2018, à 34 ans, on lui a diagnostiqué un cancer des testicules.
Dans un épisode récent du podcast « Don't Change Much », Sam s'est confié à l'animateur Dan Murphy au sujet de son diagnostic, de ses craintes initiales face à la maladie alors que sa femme et lui attendaient leur premier enfant, et de la création de son album solo.
Dan Murphy : Revenons à l’été 2018 ; tu as vécu un moment qui a bouleversé ta vie quand on t’a annoncé que tu avais un cancer.
Sam Corbett : En 2018, The Sheepdogs venait de sortir un nouvel album, on était en pleine tournée, et ma femme était enceinte de quatre ou cinq mois. J’avais pas mal de choses à gérer dans ma vie.
J’étais sous la douche, j’ai senti une grosseur, alors j’ai décidé de la faire examiner. Très vite, ils ont pensé que c’était probablement un cancer des testicules. J’ai dû passer d’autres examens, mais ils m’ont pratiquement tout de suite recommandé de me faire opérer.
On a dû annuler quelques concerts des Sheepdogs pour que je puisse me faire opérer sans tarder, ce qui était vraiment un gros problème à l’époque. On n’avait jamais, jamais annulé un concert des Sheepdogs, quelle qu’en soit la raison. Du coup, ça a tout de suite eu un impact assez important sur ma vie.
Dan Murphy : T’as pu assimiler le diagnostic tout de suite, ou tu es tout de suite passé en mode « combat » sans vraiment réfléchir à ce que ça voulait dire ?
Sam Corbett : Ça a été dur. Je ne savais pas si ça s’était propagé ailleurs ou si ça avait commencé ailleurs et s’était propagé là… La première chose à laquelle j’ai pensé, c’était de savoir si j’allais vivre assez longtemps pour voir ma fille naître ou si j’allais vivre assez longtemps pour qu’elle se souvienne de qui je suis. C’est dur de ne pas sombrer dans des pensées assez sombres quand tu es confronté à un truc comme ça.
Quelques mois plus tard, après des examens, j’ai appris que ça s’était propagé dans mes ganglions lymphatiques, alors j’ai dû suivre une radiothérapie.
J’avais peur, je crois. Je ne savais pas ce que ça allait changer pour ma vie. Ça m’a vraiment poussé à repenser ce que j’attendais de la vie et m’a fait réaliser à quel point devenir parent était important et à quel point je voulais que ça fasse partie de ma vie. Et l’idée de passer à côté de ça, ça m’a vraiment déprimé.
Dan Murphy : Comment as-tu réussi à évoluer en tant que musicien, à un niveau personnel, alors que tu traversais cette période très difficile ?
Sam Corbett : Je suivais mon traitement, et l’un des symptômes, c’était la fatigue. Le reste du groupe était en tournée, et je me disais que j’avais envie de jouer moi aussi. J’essayais de jouer de la batterie, mais je ne tenais qu’une quinzaine de minutes avant de devoir faire une sieste de deux heures. J’ai donc cherché quelque chose d’un peu moins intense, et je me suis mis au piano.
J’ai commencé à jouer quelques morceaux que je connaissais, et ça a peu à peu évolué vers la composition d’enchaînements d’accords et de mélodies. Ce n’est vraiment que quelques mois plus tard, quand j’étais de retour en tournée avec The Sheepdogs et que j’ai commencé à écrire des paroles pour ces morceaux, que j’ai réalisé qu’ils parlaient en fait de mon diagnostic de cancer et de mon traitement.
Dan Murphy : Est-ce que ça a commencé quand tu t’es mis au piano ? C’était juste parce que tu voulais rester en contact avec la musique, ou c’était thérapeutique, tu crois ?
Sam Corbett : Je pense qu’au départ, c’était juste pour garder le contact avec la musique… Et puis, quand j’ai écrit les paroles en entier, ça m’a vraiment aidé à mettre de l’ordre dans ce que je vivais. Peut-être de la même façon que si j’en avais parlé à un bon ami ou à un membre de ma famille.
J’ai trouvé ça assez intéressant, cet effet que ça fait d’écrire quelque chose ou de créer une œuvre d’art à propos de ce qui se passe dans ta vie. Je n’avais jamais vraiment vécu cette expérience thérapeutique. Mais j’ai vraiment constaté que c’était le cas pour moi dans cette situation…
J’avais toujours un peu rêvé d’écrire et d’enregistrer ma propre musique, mais je n’avais jamais vraiment eu de raison suffisante. Je ne pensais pas avoir de matière assez solide. Et puis, bien sûr, vivre un événement qui bouleverse ta vie, comme avoir un cancer, ça te donne un bon coup de pied aux fesses pour que ce genre de projet devienne réalité.
Dan Murphy : Quand t’as réalisé pour la première fois que certaines de tes paroles parlaient de ton parcours, et que tu avais peut-être quelque chose à dire, est-ce que le processus d’écriture a décollé à partir de là, parce que tu savais que tu voulais parler davantage de ce qui t’était arrivé ? Ou est-ce que ça s’est fait tout naturellement ?
Sam Corbett : Je me suis dit que c’était une bonne idée de parler de ce qui m’était arrivé et de sensibiliser les gens. Pour moi, quand j’ai senti une grosseur pour la première fois, j’ai tout de suite pensé au cancer des testicules, parce que mon grand-père en avait eu un. Il l’a eu, je crois, quand il avait la quarantaine, c’était dans les années 1950, il a survécu, et je crois qu’il avait 93 ans quand il est décédé.
J’espère qu’en en parlant ouvertement, peut-être qu’une autre personne dans la vingtaine ou la trentaine, si elle sent une grosseur sous la douche, se dira : « Oh, tiens, ce type des Sheepdogs en a eu un. Je devrais peut-être faire vérifier ça… »
Je pense vraiment que parler du cancer des testicules permet, je l’espère, d’en atténuer un peu la stigmatisation, d’amener les gens à en parler et de les inciter davantage à se faire examiner s’ils sentent quelque chose.
Dan Murphy : Parle-nous des changements de mode de vie ; à part la méditation, y en a-t-il eu d’autres ? Du sport, de la nutrition ou un régime alimentaire ?
Sam Corbett : Tout ça à la fois. Le mode de vie rock’n’roll traditionnel n’est pas très sain, c’est évident. Et ça a clairement fait partie de ma vie, c’est sûr. Je commençais déjà à vouloir vivre un peu plus sainement, avec un enfant en route et tout ça.
C’est quelque chose vers quoi je me suis tourné beaucoup plus sérieusement, et la méditation en fait partie intégrante. L’alimentation, l’exercice physique, ce genre de choses m’intéressait déjà, mais je m’y suis mis de bien plus près.
Ça ne convient peut-être pas à tout le monde, mais pour moi personnellement, j’ai vraiment beaucoup réduit ma consommation d’alcool. Il y a plein de super bières sans alcool de nos jours, surtout par rapport à il y a cinq ou dix ans. Du coup, je me contente souvent de boire ça à la place… J’ai un peu l’impression de boire quand même une bière.
Dan Murphy : Tu connaissais tes antécédents familiaux, alors qu’est-ce que tu dirais aux gars dans la vingtaine, la trentaine, voire la quarantaine, à propos de la connaissance de leurs antécédents familiaux, de l’importance d’être proactif et de prendre soin de leur corps ?
Sam Corbett : Ça ne fait vraiment pas de mal de se faire examiner. Depuis que j’ai eu un cancer des testicules il y a quelques années, il m’est arrivé une autre fois de sentir quelque chose d’un peu inhabituel, et je me suis dit : « Il faut que je me fasse examiner. » J’y suis allé, ce n’était rien, et c’est tout.
C’est vraiment pas très compliqué d’aller te faire examiner. Y a vraiment aucun inconvénient à le faire. Y a que des avantages. Soit c’est rien, soit tu prends les devants pour avoir accès à tes options de traitement et tout ça. C’est super important. Dans mon cas, les antécédents familiaux ont joué un rôle très important, car c’est ce qui m’a poussé à aller me faire examiner.
Fais passer ta santé avant tout, parce que si tu ne fais pas de ta santé une priorité absolue, tout le reste ne servira plus à rien. Je n’aurais pas de carrière musicale si je n’étais pas en bonne santé et capable de jouer ces concerts de deux heures avec les Sheepdog à la batterie, pas vrai ? C’est pour ça que je dois faire de ma santé une priorité.
Écoute dès maintenant l’épisode complet du podcast :
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