Manny Viveiros, l'entraîneur principal des Giants de Vancouver, a mené une longue carrière variée dans le hockey. Il a joué pour des équipes professionnelles en Europe, en AHL et en NHL, ce qui fait de lui la personne idéale pour ce poste d'entraîneur. Depuis qu’il a raccroché ses patins en 2006, il a dirigé des équipes en Autriche, à Swift Current, à Spokane et chez les Oilers d’Edmonton avant d’atterrir à son poste actuel à Vancouver.
En 2021, Manny a appris qu’il avait un cancer de la prostate, une situation encore compliquée par le diagnostic d’un cancer colorectal. Même s’il était en pleine forme physiquement, le choc émotionnel causé par ces deux diagnostics et les traitements a plongé Manny dans la dépression.
Aujourd’hui rétabli, Manny continue de faire de sa santé une priorité. À tel point qu’il n’a accepté le poste chez les Giants qu’une fois convaincu d’être prêt, physiquement et mentalement, à assumer cette fonction.
Dans un épisode récent du podcast « Don’t Change Much », Manny a raconté son parcours de santé, en parlant de la façon dont il a géré trois des huit maladies les plus courantes chez les hommes, et comment il en est venu à apprécier encore plus l’importance des amis, de la famille et d’une vie équilibrée.
La découverte
Dan Murphy : Revenons à ton diagnostic initial. Comment t’es-tu rendu compte que quelque chose n’allait pas ?
Manny Viveiros : J’étais au sein de l’organisation des Golden Knights de Las Vegas. C’était pendant l’année de la pandémie. Normalement, les entraîneurs passent des analyses de sang et des examens médicaux tout au long de la saison ou au début de chaque stage d’entraînement. On a dû faire l’impasse cette année-là, mais j’ai passé tous les examens habituels l’année suivante.
Le médecin m’a appelé quelques jours plus tard et m’a dit : « On a quelques signaux d’alerte, Manny. Je veux que tu viennes faire un autre examen. » C’était un simple test de PSA, et mes taux étaient élevés. Ça les a inquiétés. On a donc fait un examen de suivi, et malheureusement, ça s’est avéré être un cancer de la prostate.
Quand tu entends le mot « cancer », c’est un choc. On ne savait pas où on en était, ni à quel stade le cancer en était, s’il s’était propagé dans mon corps ou quoi que ce soit d’autre. On était donc complètement sous le choc. On a continué à faire différents examens, des scanners, des IRM et des analyses de sang. J’ai eu beaucoup de chance de bénéficier d’excellents soins. Et en l’espace de 6 ou 7 semaines, j’ai pu me faire opérer.
Dan Murphy : As-tu pu assimiler cette nouvelle pendant cette période ? Ou étais-tu tellement concentré sur les soins dont tu avais besoin que tu n’as pas eu le temps de gérer mentalement ce que tu vivais ?
Manny Viveiros : Je ne pensais pas que ça pouvait m’arriver. Comme pour tout, on ne pense jamais que ça pourrait nous arriver à nous-mêmes. Je prenais soin de mon corps. Je faisais du sport. Je mangeais correctement. Et il n’y avait aucun antécédent de cancer de la prostate dans ma famille. Je pensais être en très bonne forme.
Puis, bien sûr, j’ai pensé à ma famille. On s’inquiète pour eux. Je n’arrêtais pas de me dire : « Qu’est-ce qui va arriver à ma femme ? Qu’est-ce qui va arriver à mes fils ? » J’étais en mode « combat ou fuite » et je n’arrêtais pas de dire : « Quoi qu’il faille faire, on le fait. »
Dan Murphy : Si j’ai bien compris, tu as dû faire face non seulement à un cancer de la prostate, mais aussi à un deuxième diagnostic en plus de ça. Comment ça s’est passé quand on a découvert le cancer colorectal ?
Manny Viveiros : Je savais que j’allais devoir suivre une radiothérapie pour le cancer de la prostate. Mon médecin m’a dit : « Et si on faisait une coloscopie de routine ? »
On s’attendait à ce que ce soit une procédure de routine, mais j’ai reçu un appel environ un jour plus tard. Mon médecin m’a dit : « Non, on a trouvé quelque chose qui nous inquiète beaucoup. » Et bien sûr, c’était un cancer colorectal.
L’opération pour ce type de cancer est assez lourde. Elle est réalisée par robot. Tout ce que je pouvais penser, c’était : « Tu te fous de moi ? Quelles sont les chances que ça arrive ? » Parce que ça m’avait déjà pris beaucoup de temps pour me remettre de cette première opération. Je ne savais plus quoi penser.
Au-delà des conséquences physiques
Dan Murphy : Comment s’est passé ton rétablissement après la deuxième opération ?
Manny Viveiros : J’étais de retour sur le banc avec les gars pour les play-offs, moins de 10 jours après mon opération. C’est là que j’ai réalisé que je tournais à l’adrénaline pure. J’étais encore sous le choc, toujours en mode « combat ou fuite », et concentré sur le fait de faire bonne figure pour ma famille.
Dan Murphy : Avec le recul, tu prendrais à nouveau la même décision de faire bonne figure pour ta famille ?
Manny Viveiros : Avec le recul, je ne le ferais pas. Mais sur le moment, c’est tout simplement comme ça que je suis. C’est dans ma nature. Je voulais revenir et me battre. C’était mon groupe, là où je me sentais à l’aise et en sécurité.
Je me suis présenté au camp de formation alors que j’étais encore avec les Vegas Golden Knights. Je sortais d’une chimio et d’une radiothérapie, et j’ai sauté sur la glace. Je me souviens que je ne réalisais même pas où j’étais. Ces jeunes filaient à toute vitesse à côté de moi, et je ne savais pas où j’étais. J’ai essayé de faire semblant pendant cet entraînement. Heureusement, je n’avais rien à faire. Mais je voulais en faire partie.
Avec le recul, c’est sans doute la pire chose que j’aurais pu faire. J’avais besoin de me reposer. Après la chimio, mes médecins s’inquiétaient non seulement pour ma santé, mais aussi pour ma vie.
Je n’étais tout simplement pas moi-même. Je détestais aller à la patinoire. Je détestais rester à la maison. Ça n’allait pas du tout. Et heureusement, ma femme était là pour moi. Elle m’a dit : « Il faut qu’on te trouve de l’aide. »
Mon oncologue nous a expliqué la physiologie du cancer. En gros, après le combat que tu as mené, c’est normal que beaucoup de patients atteints de cancer s’effondrent, vu qu’ils ont dépensé énormément d’adrénaline. Ton corps et ton esprit ont besoin de cette adrénaline pour te garder fort et positif afin de combattre la maladie. À un moment donné, tu arrives à un stade où ton corps et ton cerveau ne peuvent plus en produire tout seuls. Tu as besoin de temps pour te reposer et récupérer.
Maladie, isolement et famille
Dan Murphy : Donc, quand ta femme t’a dit que tu avais besoin d’aide, elle ne parlait pas d’aide physique. Elle parlait de ta santé mentale. Tu ne voulais même pas affronter cet aspect mental à ce moment-là ?
Manny Viveiros : Je me souviens que j’allais à la patinoire et que je restais assis dehors dans ma voiture en me disant : « Je ne peux pas entrer. » Puis je me convainquais d’y aller et j’affichais mon air courageux habituel. Pour la plupart des gens qui me connaissent, je suis du genre à voir «le verre à moitié plein». Mais ma famille a remarqué que j’avais changé. J’ai eu de la chance de les avoir à mes côtés, car je ne me sentais vraiment pas bien.
Dan Murphy : Tu as suivi une thérapie ?
Manny Viveiros : Bien sûr que oui. J’ai parlé de ce qui me tracassait, et on m’a rassuré en me disant que ce que je vivais avec la dépression était tout à fait normal. Je ne sais pas quel est le pourcentage exact, mais c’est la majorité des personnes atteintes d’un cancer qui vivent ça.
Et à tous ceux qui pensent souffrir de dépression, n’ayez pas peur de demander de l’aide. Même si tu penses ne pas en avoir besoin. Si quelqu’un te dit que tu as peut-être besoin d’aide, écoute-le, car il y a de fortes chances que cette personne proche de toi te connaisse mieux que quiconque. Et ne te sens pas gêné.
Dan Murphy : Ça nous rappelle qu’il faut être proactif si tu penses que quelque chose ne va pas.
Manny Viveiros : Exactement. Mes deux fils, qui ont maintenant la trentaine, se font dépister. Il n’est jamais trop tôt, surtout quand il y a des antécédents familiaux, de passer cet examen pour s’assurer que tout va bien.
Dan Murphy : As-tu toujours été disposé à parler de ton cancer ?
Manny Viveiros : Je ne voulais voir personne pendant mes traitements. J’ai perdu pas mal de poids. Il y avait une raison à ça, mais je ne voulais pas que les gens me voient comme ça. Mais ensuite, j’ai compris que la pire chose à faire, c’est de s’isoler.
Il faut laisser ta famille et tes amis les plus proches être à tes côtés. Ils ont besoin de faire leur deuil avec toi et de partager ta douleur. Et c’est normal. Tu n’as pas besoin d’être courageux. J’aurais aimé m’ouvrir bien plus tôt et peut-être en parler un peu à ma famille.
Les hommes ont besoin les uns des autres
Dan Murphy : En quoi tes expériences ont-elles changé ta façon d’entraîner tes joueurs ?
Manny Viveiros : Mon style d’entraînement a toujours été bien plus que de simplement vérifier les schémas tactiques des jeunes. Je défends mes joueurs et je m’engage à faire en sorte qu’ils se sentent bien, dans un environnement confortable et sûr.
J’ai une bonne relation avec les joueurs en matière de communication. Je ne leur impose jamais ma façon de faire. C’est un dialogue ouvert avec eux. C’est souvent la première fois qu’ils sont loin de chez eux, donc c’est un gros défi pour ces jeunes de jongler entre les études, les déplacements et la Ligue de hockey de l’Ouest.
Oui, les joueurs de hockey sont incroyablement coriaces sur la glace. Mais au bout du compte, ce sont des êtres humains. Ils font face à beaucoup d’épreuves et de stress quotidiens qu’ils ne peuvent parfois pas gérer seuls. Il faut qu’on en finisse avec ce stéréotype qui veut qu’on doive être « dur », surtout pour les garçons.
Je ne veux pas que mes joueurs aient honte s’ils sont confrontés à une difficulté. Je veux qu’ils puissent venir me voir et qu’ils puissent aussi compter les uns sur les autres. Les hommes peuvent être d’un grand soutien les uns pour les autres si on arrête de penser que montrer ses émotions, c’est une faiblesse.
L’avenir s’annonce radieux
Dan Murphy : As-tu changé quelque chose dans la façon dont tu prends soin de toi ?
Manny Viveiros : J’essaie de prendre plus de temps pour moi quand j’en ai besoin, pour me reposer. J’ai aussi nettement changé mon alimentation, dans l’ensemble. J’ai toujours essayé de manger sainement, mais je fais plus attention à ce que je mange maintenant. Si je regarde trop de vidéos ou la télé, je vais me promener, je vais à la salle de sport ou je fais quelque chose avec ma femme.
En plus, je ne m’énerve plus aussi vite. Si un truc me semble grave, je me demande comment je le verrai dans une semaine. La plupart du temps, rien n’est si important que ça. Du coup, j’ai beaucoup plus de patience.
Je continue à faire mes bilans de santé tous les trois mois. J’ai la chance d’avoir un médecin et un oncologue qui travaillent bien ensemble. Je viens juste de passer un bilan en janvier, et tout allait bien, donc je n’y retournerai probablement pas avant six mois.
Dan Murphy : Si un jeune homme souhaite accorder plus d’importance à sa santé mais ne sait pas comment s’y prendre ou pense qu’il n’en a pas besoin tout de suite, quel message lui transmettrais-tu ?
Manny Viveiros : Parle à un médecin ou à un professionnel de la santé mentale. Il y a tellement de ressources disponibles aujourd’hui, que ce soit via ton école, un autre programme ou même une ligne d’écoute. Appelle-les et trouve les ressources dont tu as besoin pour prendre ta santé en main.
Et surtout, n’hésite pas à parler à quelqu’un ou à engager la conversation. Et si tu remarques que quelqu’un de ton entourage semble en difficulté, prends de ses nouvelles pour voir s’il va bien. Tu pourrais changer radicalement la vie de ton ami si tu prends la parole et que tu lui fais savoir que tu es là pour lui.
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