« On doit le faire… et ça prendra peut-être plus qu'une vie pour y arriver. Mais commençons dès maintenant. »
TODD MINERSON
Un sentiment d’urgence et d’optimisme imprègne la conversation entre Kenton Boston, président de la Fondation canadienne pour la santé des hommes (CMHF), et Todd Minerson, directeur national de Movember au Canada.
Ces deux figures de proue de la santé masculine se sont rencontrées pour discuter des nouvelles recherches menées par la CMHF et Movember. Le message est clair : il est temps de lancer un mouvement pour la santé masculine auquel tous ceux qui se soucient des hommes de leur entourage puissent adhérer.
Les chiffres sont là… et ils ne sont pas réjouissants
D’après les recherches de Movember, 44 % des hommes canadiens meurent prématurément de causes largement évitables. « Ça veut dire que 75 000 hommes au Canada sont morts prématurément »[in 2023], a déclaré Minerson. « Et c’est tout simplement quelque chose qu’on ne peut plus accepter. »
Le rapport met aussi en lumière les raisons possibles de cette situation :
- 54 % des hommes se heurtent à des obstacles pour accéder aux soins de santé
- 42 % sont victimes de préjugés liés au genre de la part des professionnels de santé
- Plus de la moitié disent ne pas se sentir écoutés quand ils parlent de leur santé
Les conclusions du rapport de la Fondation canadienne pour la santé des hommes font état de problèmes croissants en matière de santé mentale :
- 64 % déclarent souffrir d’un niveau de stress modéré à élevé
- Un sur deux est exposé au risque d’isolement social

Dans l’ensemble, ces données mettent en évidence un fossé grandissant — et une occasion de faire mieux. Comprendre comment les hommes interagissent avec les services de santé, c’est la première étape pour créer des soins plus solidaires et mieux adaptés, qui fonctionnent pour tout le monde.
Pourquoi la santé des hommes est un enjeu de société
Les répercussions de la santé des hommes se font sentir au sein des familles, des communautés et de l’économie.
« Le coût est énorme, non seulement pour les hommes, mais aussi pour toute notre société », a déclaré Minerson. « À l’heure actuelle, les deux tiers des personnes qui s’occupent d’un homme en mauvaise santé physique ou mentale disent que ça affecte leur propre santé mentale, et 50 % de ces aidants disent que ça a aussi un impact sur leurs finances. »
« L’une des conversations les plus inspirantes que j’ai eues, c’était avec une femme », raconte Boston. « Lors d’une retraite à Vancouver, elle est venue nous demander ce qu’on faisait. Quand on lui a expliqué, elle s’est mise à pleurer. Elle venait de Belgique. Elle a dit qu’il n’y avait aucune organisation dans son pays pour aider des hommes comme son fils, qui traverse une période difficile. Ça m’a vraiment marqué. »
Minerson a ajouté : « Personne ne tire profit du fait que les hommes ne se sentent pas bien. En fait, c’est tout le contraire. Quand les hommes vont bien, plus de gens qu’on aime vont bien. Des hommes en meilleure santé, ça fait des communautés en meilleure santé. »
Il a aussi abordé l’idée reçue selon laquelle se concentrer sur la santé des hommes, c’est au détriment de celle des femmes.
« Ce n’est pas un jeu à somme nulle. En fait, je dirais même qu’on doit beaucoup aux défenseurs et aux militants de la santé des femmes : c’est grâce à eux qu’on comprend la santé sous l’angle du genre et qu’on milite pour changer les systèmes. On peut accomplir bien plus en travaillant ensemble. »
Les hommes canadiens ne reçoivent pas l’aide dont ils ont besoin
« Ce sont des problèmes qui remontent à des idées comme "tu dois être costaud", "tu ne peux pas demander de l'aide" ou "frotte un peu de terre dessus, ça ira mieux tout seul" », a déclaré Minerson.
D’après le rapport de Movember, de nombreux hommes canadiens hésitent à consulter un médecin :
- 45 % pensent que c’est normal d’éviter les bilans de santé réguliers
- 65 % attendent six jours après avoir remarqué des symptômes, et près d’un quart repoussent la consultation de plus de deux ans
Les recherches de la CMHF soulignent encore davantage les défis liés à la santé mentale :
- 67 % des hommes ne font pas appel à des services professionnels de soutien en santé mentale
Minerson ajoute qu’il manque de modèles positifs qui montrent ce que ça veut dire de prendre soin de sa santé. « On est plus sensibilisés aujourd’hui grâce aux médias et aux podcasteurs, mais les racines de ce problème sont bien plus profondes. »
Boston est d’accord. « J’ai traversé des épreuves de santé — un cancer, un grave accident de moto — et pourtant, je ressens toujours cette envie de tenir bon et d’en parler à cinq personnes de plus aujourd’hui. Même si mon cerveau me dit : “Fais une pause.” »
Les jeunes sont prêts pour le changement
Il y a tout de même de l’espoir, surtout chez les jeunes hommes.
« Ils sont prêts », a déclaré Minerson. « Ils ont juste besoin de savoir que tu es vraiment là pour les écouter, que tu vas aller là où ils se trouvent et parler un langage qui leur parle. »
L’équipe Movember a d’ailleurs écouté ces jeunes hommes parler de leur rapport au monde numérique et de son impact sur eux. Elle a constaté que même si chacun se connecte à sa manière — via les jeux vidéo, les communautés en ligne ou les influenceurs —, beaucoup sont prêts pour une nouvelle vision de la masculinité.
« Il y a un désir d’une masculinité différente, d’une expérience différente », a déclaré Minerson.
Un mouvement uni pour la santé masculine
« On a une vraie opportunité de lancer un mouvement en faveur de la santé masculine dans ce pays », a déclaré Minerson. « Un mouvement n’appartient pas à un seul groupe. Il appartient à tous ceux qui s’y intéressent. »
La devise de Movember — s’amuser tout en faisant le bien —, c’est en partie ce qui donne envie aux gens de revenir. « Ça fait partie de notre recette secrète », a-t-il ajouté. « On aimerait que les gens téléchargent le rapport, voient en quoi ça les concerne et le partagent. Implique-toi. Découvre les mesures que tu peux prendre. »
Boston a fait écho à ce sentiment. « On mène en ce moment une campagne intitulée Never Alone. On encourage les gens à se créer un réseau. T’as pas besoin de te débrouiller tout seul. »
Minerson a rappelé une leçon du défunt homme politique Jack Layton : avoir un rêve plus grand que ta propre vie.
« Comme ça, tu sais que tu travailles sur des choses importantes », a-t-il dit. « Ça nous prendra peut-être plus d’une vie pour y arriver, mais commençons dès maintenant. »
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