Cette semaine, le gouvernement du Canada a annoncé le lancement du premier débat national sur la santé des hommes et des garçons ; une étape décisive vers la mise en place de la première stratégie canadienne en matière de santé des hommes et des garçons.
Cette stratégie vise à s’attaquer à une réalité de plus en plus courante et souvent négligée : au Canada, les hommes sont plus exposés au risque de suicide, moins enclins à recourir aux soins préventifs et plus susceptibles de souffrir en silence.
La ministre de la Santé, Marjorie Michel, a appelé les Canadiens à contribuer à façonner l'avenir de la santé des hommes. « Pour bâtir un Canada fort, on a besoin de la pleine participation de tous les membres de notre société », a-t-elle déclaré. « Aidez-nous à élaborer une stratégie qui améliore la santé, prévienne les problèmes et renforce nos communautés — pour les hommes, les garçons et pour tout le monde au Canada. »
À Ottawa pour l’annonce, il y avait Richie Bullbrook, ambassadeur de la Fondation canadienne pour la santé des hommes (CMHF), aux côtés de Kenton Boston, président-directeur général de la CMHF.
Bullbrook n’était pas seulement là en tant que jeune athlète professionnel qui s’entraîne pour les Jeux Olympiques de 2028. Sa voix — posée, directe et profondément humaine — a parfaitement mis en lumière pourquoi ce débat national est si important. « Je suis un homme qui se débat », a-t-il déclaré à l’assemblée.
Regarde le discours complet de Richie Bullbrook :
Le père qui l’a aidé à poursuivre son rêve
Bullbrook n’avait que 18 ans quand son père, James, est tombé malade. Ça s’est passé très vite. Juste avant Noël.
« Une semaine, il allait bien », a raconté Bullbrook dans le podcast « Don’t Change Much ». « Et puis tout à coup, il s’est retrouvé à l’hôpital, où on s’attendait à ce qu’il meure. » Comme c’était pendant la pandémie de COVID-19, Bullbrook n’a pas eu le droit de le voir.
À peu près au même moment, Bullbrook a reçu une invitation qui allait changer sa vie : une invitation à son premier stage d’entraînement olympique de l’équipe canadienne au Texas. Il ne voulait pas y aller. « J’avais vraiment envie de rester à la maison », a-t-il dit. « Même si je ne pouvais pas être avec lui, je voulais être à proximité. » Mais son père ne l’a pas laissé faire. Dans un bref moment de lucidité, le père de Bullbrook a clairement fait savoir qu’il voulait que son fils y aille.
Alors Bullbrook est parti. Il a pris l’avion en sachant que son père allait probablement mourir pendant son absence. « Ça a été vraiment dur », a-t-il dit. « Je ne voulais pas partir. Mais il m’a clairement fait comprendre que c’était ce que je devais faire. »
Pendant que Bullbrook était au stage d’entraînement, il a reçu l’appel. Il est rentré chez lui et a trouvé son père sous assistance respiratoire. C’est là qu’il lui a fait une promesse. « Je lui ai dit que j’irais jusqu’au bout de cette aventure », a déclaré Bullbrook. « Parce que c’est ce qu’il voulait pour moi. » Son père est décédé quelques jours plus tard.
Bullbrook explique que c’est cette promesse qui lui permet de tenir le coup les jours difficiles. « J’ai l’impression de mener deux vies en même temps », a-t-il déclaré. « Ma vie pour moi… et ma vie pour mon père. »
Quand la force, c’est oser parler
« J’ai perdu mon oncle et mon père à cause de l’alcoolisme. Ces décès auraient pu être évités. C’est le silence qui les rend mortels, et on doit normaliser la vulnérabilité chez les hommes », a-t-il déclaré.
Ce silence, il le connaît bien. Après avoir subi une grave commotion cérébrale l’année dernière, Bullbrook a traversé l’une des périodes les plus difficiles de sa vie. Pendant des mois, il ne savait pas s’il allait s’en remettre complètement. « Ça m’a forcé à faire face à ma santé mentale de manière très concrète », a-t-il déclaré. « Ça m’a appris que demander de l’aide n’est pas facultatif. »
Pour beaucoup d’hommes, ces mots ne sortent pas facilement. Bullbrook pense que ça doit changer. « Se taire, ce n’est pas être fort. Demander de l’aide, c’est être fort. La force, c’est le courage de faire les choses différemment. »
Après son discours, le secrétaire d’État aux Sports, Adam van Koeverden, a évoqué l’impact du message de Bullbrook et le rôle de la Fondation canadienne pour la santé des hommes dans la diffusion de ce message.
« La Fondation canadienne pour la santé des hommes s’est trouvé l’un des meilleurs ambassadeurs et porte-parole qu’elle aurait pu trouver », a-t-il déclaré. « J’espère que tous les hommes et les garçons qui écoutent aujourd’hui suivront l’exemple de Richie et demanderont de l’aide quand ils en auront besoin. »
Un moment historique et un changement culturel
L’annonce du gouvernement canadien marque un tournant dans la façon dont la santé des hommes est comprise et abordée. Pour la première fois, le Canada élabore une stratégie nationale coordonnée axée spécifiquement sur les défis de santé propres aux hommes et aux garçons.
Cette annonce est le fruit de décennies de travail menées par des militants, des chercheurs et des organisations qui se battent pour faire de la santé des hommes une priorité nationale. Au Canada, des groupes comme Movember et la Fondation canadienne pour la santé des hommes ont contribué à sensibiliser le public aux défis auxquels les hommes sont confrontés et aux solutions qui peuvent les aider à vivre plus longtemps et en meilleure santé.
Kenton Boston, président-directeur général de la Fondation canadienne pour la santé des hommes, a déclaré que cette stratégie reflétait une réalité à laquelle l’organisation est confrontée au quotidien.
« La crise qu’on traverse est bien réelle », a déclaré M. Boston. « La moitié des jeunes hommes risquent de souffrir de problèmes de colère, et un homme sur deux est socialement isolé. On doit s’assurer que tous les hommes sachent qu’ils ne sont pas seuls. »
Bullbrook explique que ce message est désormais au cœur de sa propre mission. « Je pense qu’il y a une véritable épidémie chez les hommes : ils ont peur de dire “Je ne vais pas bien” », a-t-il déclaré. « Je veux que d’autres hommes se sentent capables de le dire eux aussi. »
Ce n’est qu’un début
Au cours des prochains mois, les Canadiens seront invités à partager leurs expériences et leurs points de vue pour aider à façonner la première stratégie nationale sur la santé des hommes et des garçons.
Bullbrook espère que plus d’hommes trouveront le courage de s’exprimer. Pas seulement sur la scène nationale. Mais aussi au quotidien. « Je dédie ce parcours à mon père et à tous les hommes qui se battent contre quelque chose que personne d’autre ne peut voir. »
Parce que la vraie force, ce n’est pas tout porter tout seul. C’est savoir quand demander de l’aide.
Participe au débat national sur la santé des hommes
Le gouvernement du Canada invite les Canadiens à participer au débat national sur la santé des hommes et des garçons.
Tu peux en savoir plus ici. À partir du 2 mars, tous les Canadiens pourront faire part de leurs commentaires directement via le formulaire disponible sur cette page.
Si tu cherches du soutien ou des outils en matière de santé mentale, la Fondation canadienne pour la santé des hommes est là pour t’aider.
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