Écrit par Shea Emry
Le silence, c'est toxique.
Les décès récents de personnalités connues comme Wade Belak, Rick Rypien, Derek Boogaard, Jovan Belcher, Junior Seau, Philip Seymour Hoffman et Robin Williams nous le rappellent, et nous montrent que le monde doit se pencher davantage sur les préjugés qui entourent la santé mentale des hommes. C’est pour ça que je m’exprime à travers le Wellmen Project et en tant que porte-parole de la Fondation canadienne pour la santé des hommes.
Aux hommes qui continuent de cacher leur tourmente intérieure derrière le masque de la masculinité, je dis qu’il est temps de se lancer dans une quête essentielle. Allumer la lumière pour les hommes du monde entier, et la laisser s’infiltrer dans chaque recoin de nos cœurs, de nos comportements et de notre vocabulaire. Et devenons cette lumière que nous cherchons chez les autres.
J’ai entamé cette quête il y a trois ans. Après avoir passé ma vie à « essayer d’être », j’ai commencé à « devenir ». J’ai trouvé ma voix et, en partageant mon histoire, j’ai découvert une force plus grande que je n’en avais jamais connue. En tant qu’homme qui a mené son propre combat intime contre la dépression, je sais pertinemment que les premières fois où tu « te mets à nu », il faut plus de courage pour affronter tes sentiments que pour renverser un joueur de ligne offensive de 300 livres.
Comme tant d’autres, j’ai passé mon enfance à maîtriser l’art de masquer mes sentiments. Je pensais que ce mécanisme de survie était nécessaire pour m’intégrer au seul modèle de masculinité que je connaissais, celui qui désapprouve l’expression des émotions.
Accepter ma part d’émotions et partager mon histoire personnelle m’a libéré, et je suis devenu un homme capable de puiser de la force dans la vulnérabilité. Comme l’écrit Brené Brown dans son livre *Daring Greatly*, la vulnérabilité est le berceau de l’amour, du sentiment d’appartenance, de la joie, du courage, de l’empathie et de la créativité.
Avant de commencer à accepter la vulnérabilité et l’ouverture d’esprit, je menais une vie sur la défensive. Je prenais peu de risques, je me construisais une armure autour de mon âme, ce qui m’empêchait de ressentir les émotions décrites par Brené Brown. Je ne savais même pas ce que c’était que de vivre librement.
Les problèmes de santé mentale chez les hommes continuent de prospérer derrière les masques de la société. J’en suis l’exemple parfait : un footballeur professionnel, du genre « mâle alpha » à la mentalité d’acier. Jusqu’à ce que j’arrache ce masque, c’était tout ce que moi-même — et peut-être d’autres — je me permettais d’être. Les attentes socioculturelles liées à la masculinité expliquent pourquoi un tel système de croyances unique peut même s’imposer dans l’esprit d’un jeune homme. Le masque que beaucoup d’hommes pensent devoir enfiler avant de sortir de chez eux chaque matin perpétue une société d’hommes et de garçons qui ont adhéré à une culture qui ne valorise pas la vulnérabilité, un trait de caractère qu’on a féminisé.
Les hommes ne devraient pas avoir à lutter contre les normes sociales et culturelles tout en gérant les problèmes de leur vie. La vie est déjà assez dure comme ça. On n’a pas besoin que nos garçons – qui deviendront des hommes – gâchent leur vie à se demander derrière quel masque se cacher.
L’Organisation mondiale de la santé signale que les taux de suicide ont augmenté de 60 % au cours des 50 dernières années, ce qui est stupéfiant, et que les deux tiers des victimes sont des hommes. Si rien ne change, c’est inquiétant d’imaginer ce qui attend les générations futures.
« Sois un homme ! » « Comporte-toi en homme ! » « Les hommes ne pleurent pas ! » « Prends sur toi ! » Ces expressions courantes nuisent au développement émotionnel de notre société masculine, et il est essentiel de se réapproprier ces dictons pour cultiver une société d’hommes en bonne santé mentale.
Pour lutter contre la hausse vertigineuse des taux de suicide, on doit faire évoluer la notion de masculinité et créer une culture qui encourage les jeunes garçons et les hommes à assumer leur côté émotionnel. On a besoin d’un nouvel exemple pour les jeunes hommes, un exemple qui les encourage à discuter de ce qui est réel et important dans leur vie au quotidien. En parlant ouvertement de mon estime de moi, de ma valeur personnelle et de mes combats contre la dépression, j’arrive à changer ce discours hypermasculin auquel j’avais adhéré quand j’étais tout petit.
En tant que footballeur, je porte un masque tous les jours, mais dans la vie, je l’enlève dès que possible. Comme je l’ai dit, le silence est toxique, alors je m’efforce d’être ouvert tous les jours. L’une de mes façons préférées de m’ouvrir, c’est de sortir dehors. La science nous dit que « les arbres et les plantes sécrètent des composés aromatiques qui influencent notre cognition, notre état d’esprit et même notre système immunitaire ». Si tu traverses une journée difficile, l’un des chemins les plus rapides vers la sérénité est celui de la saleté : les arbres, l’eau salée de la mer, la terre sous tes ongles.
Ma pratique a inspiré mon dernier projet, Wellmen. Un projet humaniste qui allie aventure, thérapie par la nature et pratiques alternatives de bien-être telles que le yoga, le lancer de hache et le dialogue constructif, afin de créer une expérience transformatrice pour les hommes. Depuis janvier 2014, Wellmen a accueilli plus de 100 hommes dans notre programme « Adventure ». Mon expérience de ces neuf derniers mois, durant lesquels j’ai donné vie à Wellmen avec un tel succès et un tel élan, montre que les hommes ont soif de vulnérabilité et d’une chance d’enlever leur masque – pour la première fois, ou pour toujours.
Tu ne te sens pas bien ?
Commence par là.
Des outils gratuits pour t'aider à gérer le stress, l'anxiété et les moments difficiles.
