La plupart des Canadiens connaissent Trevor Linden comme le légendaire capitaine des Canucks de Vancouver qui a mené son équipe à un but de la Coupe Stanley en 1994. Mais bien avant les feux de la rampe de la LNH, l'histoire de Linden a commencé dans une ferme familiale à Medicine Hat, en Alberta.
Au cours d’une conversation à bâtons rompus avec le journaliste Dan Murphy, Linden s’est confié sur ses racines, les leçons qui l’ont façonné et les raisons pour lesquelles il pense que les hommes d’aujourd’hui doivent repenser cette vieille mentalité qui consiste à « souffrir en silence ».
Les leçons de Medicine Hat
Né en 1970, Linden a grandi dans une famille de travailleurs. Son père tenait une petite entreprise et sa mère avait grandi dans une ferme au sein d’une fratrie de six enfants. La famille a passé une grande partie des années 1970 à faire les corvées ensemble dans la campagne albertaine.
Voir mes parents et l’engagement dont ils faisaient preuve m’a montré la voie.
Ce chemin passait notamment par beaucoup de travail à la ferme. D’ailleurs, l’un de ses souvenirs les plus marquants d’avant la draft n’a rien à voir avec le hockey : ça parle du marquage des veaux.
En 1988, alors que les équipes faisaient la queue pour interviewer les meilleurs espoirs de la LNH, Linden a reçu un appel de Brian Burke, alors directeur général des Canucks. L'équipe voulait qu'il vienne à Vancouver pour passer des tests et participer à des réunions. Mais la date tombait pile au moment de la marque au fer rouge annuelle de sa famille.
« J’ai juste dit : “Hé, est-ce que je pourrais venir le week-end prochain ? Je voulais aider ma famille pour le marquage”, se souvient Linden. « En gros, mes frères et moi, on rassemblait les veaux en un troupeau, puis j’en attrapais un, je le plaquais au sol et je le maintenais pendant qu’ils s’occupaient du marquage et des vaccins. »
Burke a adoré cette histoire. Et quelques semaines plus tard, Vancouver a sélectionné Linden en deuxième position du repêchage.
Mentorat et racines multisportives
Adolescent, Linden ne se concentrait pas uniquement sur le hockey. À la demande de son directeur général junior, Russ Farwell, il jouait au baseball pendant l’intersaison. « Tu sais, pratiquer d’autres sports fera de toi un meilleur hockeyeur », lui avait dit Farwell.
C’est un conseil auquel Linden croit toujours, et un exemple précoce de la façon dont le mentorat peut façonner le parcours d’un athlète.
Le leadership à 21 ans
À 21 ans, Linden a été nommé capitaine des Canucks.
Mais il admet que cette responsabilité lui a pesé. Il était « super dur » avec lui-même, portant à la fois le poids de son propre jeu et celui des performances de l’équipe. Au fil des années, son leadership a évolué. À 21 ans, ça voulait dire montrer l'exemple. À la fin de sa carrière, ça voulait dire écouter, soutenir et laisser la place aux autres pour qu'ils puissent diriger.
Ces leçons se sont directement répercutées sur sa carrière professionnelle. Aujourd’hui, en tant que propriétaire du Club 16 Trevor Linden Fitness, il supervise plus de 400 employés.
J’ai une devise : « Les leaders ont besoin de leaders… Je veux que nos collaborateurs puissent, avec le recul, dire : “Mon passage au Club 16 a été une période formatrice dans ma vie, parce qu’ils se souciaient de qui j’étais et m’ont aidé à devenir une meilleure personne.” »
La course à la Coupe et « la souffrance en silence »
Pour beaucoup de fans des Canucks, la série éliminatoire de 1994 reste une expérience inoubliable. Linden a joué malgré des blessures si graves qu’il avait besoin de béquilles entre les matchs. À l’époque, c’était ce qu’exigeait la culture.
Tu souffres en silence. Tu ne parles pas de tes blessures. Tu joues, tout simplement.
Linden se rend compte aujourd’hui que cet état d’esprit n’a pas sa place en dehors du sport. Ça peut marcher dans le sport, mais ce n’est pas une bonne façon de vivre sa vie. Cette mentalité de « souffrir en silence » n’est pas une bonne façon d’être dans la vraie vie. »
C’est un message qu’il transmet désormais à travers son engagement en faveur de la santé mentale des hommes.
Le fitness, un outil pour toute la vie
Quand Linden a pris sa retraite en 2008, il s’est vite rendu compte qu’il avait besoin de quelque chose pour remplacer l’entraînement quotidien et la camaraderie du hockey. Le fitness est devenu ce exutoire, non seulement pour son corps, mais aussi pour son esprit.
Que tu aies 25 ou 85 ans, soulever des poids, c’est bon pour toi.
C’est cette conviction qui l’a poussé à cofonder le Club 16, qui propose des activités de fitness abordables et accessibles à tous en Colombie-Britannique. L’une des choses qu’il aime le plus, c’est de voir des membres dans la soixantaine, la septantaine et la quatre-vingtaine rester actifs et continuer à jouer au golf, à skier et à s’amuser avec leurs petits-enfants.
La paternité et le rôle de modèle
Ces derniers temps, la plus grande source de motivation de Linden, c’est son fils de huit ans.
C’est super important d’être un modèle pour ses enfants.
Il a ri en se remémorant le « chaos » des sorties au ski avec son fils quand celui-ci avait trois ou quatre ans. Aujourd’hui, les rôles sont inversés : « Tu arrives à un moment où tu te dis : “Mince, c’est trop cool ! On est vraiment en train de skier, il dévale les pistes à toute vitesse et moi, je m’éclate aussi.” »
Des sorties en kayak aux stages de ski de fond, Linden veut que son fils comprenne que rester actif fait tout simplement partie d’une vie heureuse.
Aborder des sujets difficiles
Linden s’est aussi exprimé sur des sujets moins faciles. Récemment, il a participé à une campagne sur les commotions cérébrales causées par la violence conjugale.
« Plein de mes amis m’ont dit : “On a regardé ce message, et ça a lancé une discussion avec mon fils ado”, raconte-t-il. C’était quelque chose auquel je tenais vraiment à participer. »
En abordant des sujets difficiles, il espère sensibiliser les gens et faire bouger les choses.
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Un dernier message aux hommes
Après des décennies d’expérience, de la ferme à la finale de la Coupe Stanley, et aujourd’hui en tant que père et chef d’entreprise, le conseil de Linden est simple mais percutant :
Mon message aux hommes, c’est : ne souffre pas en silence. Il y a de l’aide à ta disposition.
Et pour ceux qui pensent qu’il est trop tard pour s’y mettre ? « Ça n’a peut-être pas d’importance quand t’as la vingtaine. Mais ça commence à en avoir à mesure que tu vieillis, que tu deviens parent et que, tu sais, ta famille compte sur toi. »
Pour Linden, le bien-être, ce n’est pas une question de gros muscles ou de records personnels. C’est rester assez fort – mentalement et physiquement – pour continuer à être présent pour ceux qui comptent sur toi.
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