Il y a six semaines, Sachin (Sach) Latti s’est lancé dans une aventure pas comme les autres : il est parti du « Mile Zero », au mémorial Terry Fox de Victoria, pour traverser le Canada à pied avec l’objectif ambitieux de récolter 1 million de dollars au profit d’initiatives en faveur de la santé mentale.
« Sach-In-Motion » est la plus longue course du Canada pour la santé mentale, et c’est un projet qui tient particulièrement à cœur à Sachin Latti. Quand il aura terminé son périple de 7 500 kilomètres sur la côte est début septembre, Sachin sera la première personne de couleur à avoir traversé le Canada en courant.
Mais cette course, ce n’est pas une question de titres, ni de Sachin lui-même. C’est une question de liens et de briser les barrières qui empêchent d’avoir des conversations sincères sur la maladie mentale.
De la souffrance à un défi bien plus grand que lui
Il y a six ans, Sachin se trouvait dans une situation très différente. Il avait touché le fond : son mariage battait de l’aile ; il avait des difficultés financières et luttait contre la dépression depuis le sous-sol de chez lui.
En mars 2020, la pandémie a frappé, ce qui n’a fait qu’accroître l’anxiété et l’isolement de Sachin. Avec tant de pensées et d’émotions refoulées au plus profond de lui, il cherchait désespérément un exutoire pour reprendre confiance en lui et se sentir à nouveau bien dans sa peau.
Ce moyen d’évacuation, c’est la course à pied, en pleine pandémie mondiale. Un sport qu’il détestait autrefois.
En 2021, Sachin a couru 100 kilomètres, de Chilliwack à Vancouver, et a récolté 21 000 dollars pour les anciens combattants et les premiers intervenants souffrant de SSPT. Cette course a marqué un tournant personnel et professionnel pour Sachin. Ça peut paraître cliché, mais cette expérience a montré à cet homme de 47 ans qu’il pouvait canaliser sa douleur et ses épreuves vers une cause bien plus grande que lui.
Même s’il ne s’en rendait pas compte sur le moment, la course de Sachin en 2021 a ouvert la voie à l’ultramarathon à travers le pays qu’il est en train de réaliser en ce moment.
« Ça a changé ma vie », dit-il, alors qu’il en est au 52e jour d’un périple de plus de 75 jours à travers le Canada. « J’ai vraiment beaucoup appris sur moi-même, sur qui je suis et sur ce que je veux faire plus tard. »
View this post on Instagram
Ce sont les conversations – et non la distance – qui constituent le véritable voyage
Alors que Sachin traverse à pied le deuxième plus grand pays du monde en superficie, ce qui le marque le plus, ce n’est pas la distance, mais les conversations authentiques et spontanées qu’il a avec de parfaits inconnus, d’une communauté à l’autre.
« Les discussions sur les difficultés quotidiennes liées à la santé mentale auxquelles les Canadiens sont confrontés sont devenues le cœur et l’âme de ce voyage », explique-t-il.
Cet ancien agent des forces de l’ordre, devenu athlète d’ultra-endurance, avait initialement prévu de traverser le Canada en courant à un rythme soutenu, mais il a rapidement ralenti dès les premiers jours de sa course pour pouvoir échanger avec les gens, dans les petites comme dans les grandes communautés, et écouter leurs histoires.
«Des Canadiens de tous horizons et de toutes identités se sont ouverts à nous : des hommes, des femmes, des personnes trans, des Autochtones, des sans-abri, des gens fortunés, des secouristes, des jeunes et des parents », explique Glen Ivan, directeur général de Sach-In Motion.
En tant que seule personne accompagnant Sachin dans ce périple exceptionnel d’une côte à l’autre, Glen est celui qui, en coulisses, rend tout ça possible. C’est lui qui conduit le camping-car, qui planifie l’itinéraire et qui documente en temps réel les conversations émouvantes de Sachin avec les Canadiens.
Le lien, c'est le remède
Sachin et Glen créent un espace, au sens propre comme au sens figuré, pas à pas, tandis que Sachin court entre 50 et 60 kilomètres par jour sous la chaleur accablante de l’été.
« C’est un sentiment bouleversant, dans le bon sens du terme », explique Sachin. « Entendre toutes ces histoires différentes et échanger avec toutes ces personnes différentes… Je ne sais pas si on peut vraiment mettre des mots sur ce qu’on ressent et sur l’impact que cette aventure a sur nous. »
Glen raconte que lui et Sachin plaisantent souvent en disant qu’ils sont comme deux mormons qui sillonnent le pays pour répandre l’évangile de la santé mentale et rappeler aux Canadiens que personne ne devrait avoir à affronter seul ses problèmes de santé mentale.
Il explique que leur camping-car est devenu une sorte de sanctuaire mobile vers lequel les gens affluent, comme s’il s’agissait de quelque chose dont ils rêvaient depuis des années. « Il y a un besoin refoulé d’échanger : les gens partagent avec Sachin et moi des difficultés très personnelles qu’ils n’avaient jamais exprimées à voix haute. »
View this post on Instagram
La magie d’une « simple conversation »
Le Dr David Kuhl est professeur, clinicien, chercheur, auteur et conférencier spécialisé dans la santé masculine. Il est également PDG de Blueprint, une association à but non lucratif dédiée à la santé et au bien-être des hommes.
Le Dr Kuhl explique que le périple de Sachin et Glen à travers le Canada ne se contente pas de donner aux gens la permission de parler ouvertement de santé mentale, il les invite à le faire. Il ajoute que le fait que Sachin et Glen soient simplement « deux mecs » qui s’expriment sur la maladie mentale contribue grandement à normaliser ces conversations dans la société.
« Il y a encore tellement de honte autour de la maladie mentale. Dès qu’il y a de la honte, ça nous enferme dans l’isolement et la séparation », dit-il.
Le Dr Kuhl explique qu’en se montrant ouverts, vulnérables et accessibles, Sachin et Glen permettent aux gens qu’ils rencontrent de leur rendre cette énergie. Il ajoute que cette « énergie de gars normaux » brise les préjugés sur la santé mentale bien mieux que n’importe quel slogan.
« Sachin et Glen rendent parlable ce qui est tabou, et c’est un immense cadeau pour ce pays. C’est un immense cadeau pour tous ceux qu’ils rencontrent au cours de leur parcours. »
Un moment profondément émouvant
À Saskatoon, une femme a reconnu un policier qui rendait visite à Sachin et Glen dans leur camping-car. Ce policier avait arrêté cette femme et son copain il y a six ans, alors qu’ils étaient sans-abri, vivaient dans une ruelle et avaient fait une overdose. Cette arrestation a en fait déclenché une série d’événements positifs, qui ont finalement permis au couple de se remettre sur pied.
La femme a remercié chaleureusement le policier de leur avoir sauvé la vie et lui a confié qu’elle avait pensé à lui chaque jour depuis six ans. Après la rencontre de Sachin et Glen avec cette femme, son copain est venu les voir dans leur camping-car le lendemain pour leur raconter son histoire : maladie mentale, consommation de substances et rétablissement.
« Il était vulnérable : c'était la première fois qu'il racontait son histoire devant nous et devant les policiers », explique Glen. « Souvent, on n'entend parler que des aspects négatifs de la maladie mentale – mais c'était une histoire positive qui va inspirer ceux qui continuent à se battre. »
L’effet boule de neige, c’est bien réel
Même si le parcours de Sachin n’est pas encore terminé, ces derniers mois, lui et Glen ont déjà noué des liens avec des dizaines et des dizaines de Canadiens ordinaires aux prises avec des problèmes de santé mentale.
Pas à pas, le duo a tissé des liens émotionnels avec des personnes issues de communautés et de milieux très variés – des parents, des jeunes, des policiers, des survivants – pour mettre en place des réseaux de soutien locaux qui perdureront bien après leur départ. Ce périple est en train de faire naître un réseau de militants locaux d’un bout à l’autre de ce vaste pays.
Cette semaine, Sachin et Glen sont dans la région de Toronto, où ils bénéficient d’une couverture médiatique de la part de grandes chaînes de télévision comme CP24 et Global News. Le 7 août, Sachin et Glen sont passés dans « CP24 Breakfast », une émission matinale populaire regardée par des millions d’Ontariens, pour partager leur histoire émouvante (à regarder ici).
Alors que Sachin entame les trois dernières semaines de son ultra-marathon, il nous rappelle qu’il fait ça pour nos anciens combattants et nos secouristes, pour nos jeunes qui cherchent leur voie et pour les hommes comme lui à qui on a appris à se taire.
Et pour ceux qui sont en voie de guérison et qui se battent pour avoir une nouvelle chance. Chaque pas, c'est pour eux. Chaque conversation, c'est pour rappeler que personne ne devrait affronter seul ses problèmes de santé mentale.
View this post on Instagram
Implique-toi
Il n’est pas trop tard ! Tu peux encore participer à la mission de Sachin pour aider les Canadiens à prendre en main leur santé mentale.
Fais un don, partage son histoire et cours avec Sachin dans ta communauté pendant les dernières semaines de son périple à travers le Canada. Chaque geste compte.
Découvre où il sera ensuite sur @sach.in.motion
Tu aimes courir ? Qu’est-ce que tu préfères dans cette activité ? Partage-le dans les commentaires ci-dessous.
Tu ne te sens pas bien ?
Commence par là.
Des outils gratuits pour t'aider à gérer le stress, l'anxiété et les moments difficiles.
