Il y a deux semaines, Simon Whitfield et 10 pagayeurs se sont lancés dans une traversée de 3 jours en stand up paddle à travers la mer des Salish, sponsorisée par Duracell, pour soutenir la Fondation canadienne pour la santé des hommes. Le journaliste Adrien Sala les a accompagnés pendant ce périple et nous raconte ici comment ça s'est passé.
Quand un athlète olympique qui vient de prendre sa retraite se lance dans un nouveau sport, on s’attend à ce qu’il soit au moins pas mal doué. Mais remporter des courses et se hisser en tête des classements régionaux en quelques mois seulement ? Waouh. Le triathlète Simon Whitfield, double médaillé olympique et porte-drapeau canadien aux Jeux olympiques de Londres, est un gars super motivé. L’année dernière, à 38 ans, il a finalement pris sa retraite de ce sport exténuant. Après des années d’entraînement rigoureux et de temps passé à voyager et à participer à des compétitions, il a d’abord vu cette occasion comme une chance de décompresser, de ne plus se réveiller à 5 h 30 tous les matins. Mais la réalité l’a vite rattrapé : après avoir été actif pendant si longtemps, la vie sédentaire ne lui offrait aucun exutoire, aucun moyen de garder son énergie, et il a sombré dans une sorte de marasme. « C’était vraiment dur pour moi, je m’en rends compte maintenant », raconte Whitfield. « Je traversais des changements importants dans ma vie à ce moment-là, et tout ça, combiné à l’inactivité, m’a vraiment démoralisé. » Il a compris qu’il lui fallait un moyen de réactiver ces synapses d’athlète qui s’étaient soudainement endormies. Il s’est donc mis au paddle. Au début, c’était juste un intérêt timide : quelques sorties plutôt tranquilles sur le Gorge Waterway à Victoria, où il habite. Mais à chaque fois qu’il y allait, son envie grandissait, et très vite, il a changé de planche pour une meilleure et s’est mis à pagayer tous les jours. « Le changement a été incroyable. Vraiment », explique-t-il. « Le simple fait de faire circuler mon sang a fait une énorme différence sur mon humeur et mon bien-être général. »
POURQUOI C’EST IMPORTANT Même si la plupart d’entre nous ne peuvent pas s’identifier à l’idée de remporter une médaille d’or, on comprend tous ce que c’est que de traverser des baisses de régime dans nos activités – et l’histoire de Simon nous rappelle que tout le monde est humain, peu importe le niveau de réussite atteint ou la forme physique de chacun. Ça montre aussi le lien entre l’activité physique et le bien-être mental ; quand on n’est pas actif, on ressent souvent les effets négatifs autant dans notre tête que dans notre corps. Tout comme l’intérêt de Simon pour le canoë, qui a commencé par un simple essai timide, changer tes habitudes de vie ne doit pas forcément être un exploit à réaliser d’un seul coup. Commence par de petits changements, comme boire une bière de moins au bar, qui finiront par mener à des changements significatifs. « On dirait que dire aux hommes de simplement sortir faire un peu d’exercice ne marche pas vraiment », explique Wayne Hartrick, président de la CMHF. « Les études ont montré à maintes reprises que les hommes prêtent davantage attention aux messages sur la santé venant d’athlètes qu’aux conseils de leurs propres médecins. » C’est donc dans le but de sensibiliser à la santé masculine, et grâce à sa nouvelle passion pour le stand up paddle, que Whitfield a imaginé « Stand-Up Paddle For Men’s Health », un projet où un groupe de paddleurs traverserait la mer des Salish à la rame, depuis First Beach, dans la baie English de Vancouver, jusqu’à son port d’attache, le port de Victoria. 140 km au total, en trois jours.
LA TRAVERSÉE Le groupe de 11 athlètes – dont la championne du monde Lina Augaitis et l’ancien olympien Duff Gibson – était principalement composé de sportifs professionnels et de quelques passionnés de paddle qui ont vu ce défi comme une occasion de faire quelque chose d’intéressant et d’amusant, tout en contribuant à sensibiliser le public. Alors, c’est comment de traverser la mer des Salish en paddle ? Eh bien, le premier jour a clairement été le plus dur. Debout à 3 h 30 du matin, les pagayeurs se sont retrouvés à First Beach, dans le noir. L’ambiance était bonne, mais on sentait une tension palpable alors que le groupe faisait face, tous ensemble, au défi qui les attendait. Au départ, l’eau était calme et, en passant devant Wreck Beach, tout se passait bien : le moral était au beau fixe et le groupe s’amusait comme des fous. Mais ensuite, à peine entrés dans le détroit, le vent s’est levé et la balade tranquille s’est transformée en véritable épreuve. Avec des crêtes blanches à la surface et une houle de 4 pieds qui poussait de travers, les bavardages ont cessé tandis que chacun se concentrait sur ses efforts. Cinq heures dans ces conditions, et à midi, l’équipe était fatiguée, mais avait traversé le détroit de Géorgie. Après une petite pause déjeuner à l’extrémité nord de Galliano, l’équipe a eu un peu de mal à franchir le passage de Porlier, un endroit où les rapides sont assez puissants pour projeter un bateau d’assistance de taille respectable à dix pieds. Une fois passé ce cap, ils se sont retrouvés à l’abri du vent ; ils devaient encore lutter contre le courant, mais au moins, ils n’avaient plus de vent de face.
Les heures qui ont suivi ont été relativement calmes, mais le trajet jusqu’au premier campement, à Montague Bay, a semblé durer une éternité. À 18 h, le groupe a atteint la rive et la plupart se sont effondrés, complètement épuisés. Heureusement, le campement était déjà prêt : les tentes montées, un feu allumé. Et il y avait à manger. Des tonnes de bons petits plats tout frais préparés par un chef local qui avait mis l’accent sur les protéines pour les pagayeurs. Après un petit moment de détente et un repas rapide, la plupart des pagayeurs se sont endormis profondément, pour se réveiller dès l’aube et recommencer tout ça. Les jours suivants se sont déroulés à peu près de la même manière, même s’ils ont tous deux été plus courts. Le deuxième jour, on n’a rencontré que quelques passages un peu agités à cause du vent et de la houle, et le groupe est arrivé sans encombre à Island View après 8 heures de pagayage.
Le dernier jour, pour devancer le vent et la pluie, les pagayeurs se sont levés à 3 h 30 du matin pour être sur l’eau à 4 h 30. Heureusement, la stratégie a marché et ils ont rapidement parcouru ce qui aurait pu être un trajet éprouvant. Peu après avoir accosté, le vent s’est remis à souffler à 25 nœuds – ce qui aurait pu leur être fatal. Ils l’ont échappé belle. Ils ont pagayé jusqu’au rivage côte à côte, où quelques amis et membres de leur famille les attendaient avec du café et du thé chauds pour les aider à se réchauffer après avoir pagayé sous une averse. Épuisés, mais fiers, les 11 pagayeurs avaient tous atteint leur objectif. Ils ont relevé un défi et sont allés jusqu’au bout ; coup de pagaie après coup de pagaie, ils ont transformé ce qui semblait presque impossible au départ en un périple couronné de succès. ET MAINTENANT ? « Ce n’est pas une question de canoë », a déclaré Wayne Hartrick en s’adressant aux pagayeurs la veille de leur départ. « On ne bat aucun record ici. Il s’agit de la santé des hommes et de la sensibilisation. » Le message de Hartrick est important. En général, les hommes sont bien moins enclins à demander de l’aide en cas de douleur physique ou de maladie, et ils en souffrent. Les hommes ont 40 % plus de risques de mourir d’un cancer, souvent parce qu’ils ignorent les signes avant-coureurs. 67 % des hommes sont en surpoids ou obèses, et ils ont 79 % plus de risques de mourir d’une maladie cardiaque que les femmes. « Ça tient en partie au fait qu’au Canada, la culture autour de la santé masculine est telle que les gars n’admettent pas qu’ils se sentent mal ou ne vont jamais chez le médecin », explique Whitfield. « On ne pense pas pouvoir forcer les gars à faire ça, mais on espère vraiment les amener à commencer par de petits changements, rien de radical. » Tout comme ces pagayeurs ont dû affronter un parcours éprouvant de 140 km, qui semblait presque impossible au départ, les hommes doivent se rendre compte qu’il n’est pas trop tard pour commencer à améliorer leur santé. Ne change pas grand-chose, mais change un peu. Après tout, des frites ET une salade avec ton hamburger, ça peut être plutôt sympa.
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